>> Les tables rondes
>> Présentation de la 1ère table ronde

 

1ère table ronde : « La Méditerranée, centre du monde ? »
compte rendu par Frédéric Kahn

 

Cette première table ronde, animée par Emmanuel Laurentin, a permis de poser un regard historique sur la mondialisation et de remonter è ses sources. Dans la Grèce antique, le monde connu se divisait en trois ensembles terrestres : l’Afrique, l’Europe et l’Asie.

Comme l’explique Maurice Sartre, cet espace tripartite est lié aux possibilités d’ouverture de la Méditerranée par Gibraltar, le Bosphore et l’isthme de Suez. « Nous sommes les héritiers de cette vision, déclare l’historien ».

« Dès le XIe siècle avant notre ère, les phéniciens ont arpenté la Méditerranée, ajoute Didier Pralon. Dans leur esprit, cet espace est coupé en deux : une partie orientale envisagée comme un passage et la mer, è l’ouest, qui est perçue comme dangereuse ». Il n’empêche, la Méditerranée tout en étant morcelée génère déjà un sentiment d’unité. Les textes homériques participent à la constitution de ce monde unifié qui enjambe les deux rives.

Ecouter Didier Pralon - extrait 2’30

« A partir du IVe siècle, la découverte de la Méditerranée est terminée, explique encore Maurice Sartre. Les Grecs explorent d’autres territoires, mais ces explorations les confortent dans leur croyance que la Méditerranée est le centre du monde habité. Ils considèrent les peuples comme étant plus ou moins barbares selon qu’ils sont plus ou moins près de ce centre ». Bien évidemment, cette vision fortement ethnocentrée est aussi incomplète puisqu’elle ignore l’existence de l’Asie, de l’Inde des Amériques…

Les Romains ont poursuivi et amplifié ce mouvement d’unification de la Méditerranée.

Pour Georges Tolias, le concept de Méditerranée n’existait pas réellement chez les Grecs. Cette entité a vraiment pris corps et forme avec l’Empire Romain pour devenir une réalité géopolitique à l’acmé de la puissance de Rome, au IIe siècle avant notre ère.
« Les Romains se sont comportés de manière très intelligente, précise alors Aïcha ben Abed. L’Empire a su faire adopter aux peuples colonisés l’essentiel de son système en leur laissant une liberté certaine en matière d’institution et de religion ».

Ecouter Aïcha Ben Abed- extrait 2’16

Pour Maurice Sartre, « Rome a ainsi construit l’unité politique par l’adhésion à une culture commune que chacun peut interpréter selon ses propres coutumes et croyances ». L’art de la mosaïque semble emblématique de ce phénomène d’homogénéisation. Cette expression artistique s’est étendue sur tout le pourtour méditerranéen.

« Même les peuples qui n’étaient pas dans l’Empire étaient très influencés par Rome et son organisation », poursuit Georges Tolias. Mais cette vision globalisante du monde va s’estomper avec l’effondrement de l’Empire Romain. « Dans les autres cultures, avant et après Rome, la Méditerranée n’est pas le centre, mais une frontière ». Pourtant, les représentations héritées de cette époque ont persisté à travers les siècles et ont été nourries par d’incessantes relations économiques et culturelles. Même la guerre, les croisades, furent sources d’échanges importants entre les deux rives. Quant au Christianisme, comme l’explique encore Maurice Sartre, il a d’abord été un facteur d’unification, puis de déchirement avec l’avènement, au VIIe siècle, de l’Islam.

Sur ce thème, écoutez Aicha Ben Abed - extrait 3’53

Car, à partir du Ve siècle, la Cité perd son pouvoir d’attraction. Le pouvoir central s’écroule. Les peuples s’appauvrissent et les populations africaines se détournent du christianisme. De part et d’autre de la Méditerranée des schémas idéologiques construits sur la confrontation vont chercher à s’imposer.

Pourtant, les valeurs communes qui sont nées en Méditerranée ont traversé le temps. Au XVe siècle, L’humanisme a réactivé ces principes d’unification et d’universalisme…

Ecouter Georges Tolias - extrait 2’25

La Méditerranée est bien à l’origine d’une certaine vision de la mondialisation.

Synthèse réalisée par Fred Kahn.

réalisation : Laurence Fillon [espaceculture] / visuel original : Georges René