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La troisième table ronde nous ramène aux temps contemporains et nous projette dans l’avenir. Comme l’explique en introduction Dominique Rousset, la mondialisation est un fait global, à la fois économique, politique, social et culturel. Baghat Korany définit ce phénomène comme la manifestation de l’accélération de l’histoire. Ecoutez Baghat Korany - extrait 0’50 Puis, Jean-Claude Tourret en énumère les caractéristiques : « l’abolition des distances, la mise en compétition des systèmes économiques, avec comme effets la diminution des droits de douane, l’abaissement des coûts de transports et le développement d’internet ». Pour Smaïl Goumeziane, la mondialisation correspond à une époque inédite dans l’histoire de l’humanité « où l’on peut produire dans n’importe quel point du monde et vendre dans n’importe quel autre point du monde ». Michel Peraldi pense pour sa part que « La mondialisation est partie inhérente du développement du capitalisme ». Il ajoute : « Désormais n’importe qui peut confronter ses représentations aux représentations mondiales. On assiste également à un phénomène de dispersion des diasporas. De plus la mondialisation génère des inégalités et elle est principalement urbaine. Elle entraîne une forte mobilité des individus. Cette mobilité n’est pas facile mais bien réelle ». Smaïl Goumeziane fait alors remarquer que la mondialisation favorise surtout l’échange des biens et des marchandises, mais assez peu la circulation des personnes. « Les phénomènes migratoires ne concernent que 3% de la population mondiale […] Les écarts de revenus entre les hommes ne peuvent se comprendre que parce qu’il n’y a pas de liberté de circulation ». Et Michel Peraldi d’ajouter : « Ce n’est pas la mondialisation qui s’oppose à la circulation des individus, mais les Etats nations ». « La rive Sud de la Méditerranée a-t-elle raté le train de la mondialisation ? », interroge alors Dominique Rousset. Jean-Claude Tourret le pense : « Les économies croissent et se développent par l’apprentissage de la division du travail et par la spécialisation. Et ces phénomènes sont apparus tardivement en Méditerranée. La Méditerranée qui représente 4% de la population mondiale ne pèse que 1,5% des échanges mondiaux ». « Il faut revenir à la manière dont la mondialisation offre ou impose une place aux différentes sociétés, précise Smaïl Goumeziane. (…) Ecoutez Smaïl Goumeziane - extrait 2’29 L’Asie est essentiellement vue comme un ensemble de pays ateliers. La Méditerranée est, elle, perçue comme un bassin énergétique mondial. Mais je ne parlerai pas de retard. Des pays comme la Turquie ou la Tunisie sont beaucoup plus développés que la Chine ou l’Inde. Ceci est encore plus vrai en termes politiques. La Turquie est probablement plus près de la démocratie que la Chine ». Cependant, l’ensemble des intervenants ont insisté sur l’absence de relais démocratiques au Moyen Orient. Une telle situation freine fortement le développement de la société civile. La mondialisation bouleverse les relations aux pouvoirs politiques. « Une des formes de la mondialisation qui se développe en Méditerranée échappe très largement aux Etats et aux acteurs économiques et politiques, déclare ainsi Michel Peraldi. Cette mondialisation est informelle, très dynamique et paradoxalement très localisé ». Ecoutez Michel Peraldi - extrait 1’53 Baghat Korany estime pour sa part que la mondialisation politique repose essentiellement sur l’hégémonie des Etats-Unis. Ecoutez Baghat Korany - extrait 2’50 Jean-Claude Tourret rétorque alors que la part des Américains dans le commerce mondial n’a cessé de se réduire depuis 40 ans. L’économiste estime d’ailleurs que l’uniformisation des modes de consommation affecte peu les modes de vie qui eux restent singuliers. En tout cas, il est évident que la mondialisation a modifié les relations entre l’Europe et la Méditerranée. Comme l’explique Jean-Claude Tourret, la rive Sud a engagé de nombreux échanges avec les pays de l’Est, l’Asie, l’Amérique Latine… Reste è savoir si le projet d’Union de la Méditerranée défendu par le Président de la République Française permettra de créer une zone d’échange qui ne soient pas uniquement économique. Ecoutez Jean claude Touret - extrait 4’17 Baghat Korany rappelle tout d’abord que la mondialisation impose le dépassement des relations étatiques et l’implication de la société civile. « C’est sur cette base que l’on peut établir un partenariat solide et continu ». Malheureusement, cette société civile est doublement fragilisée : par les régimes autoritaires et par la montée de l’islamisme. Les gouvernements en place n’hésitent d’ailleurs pas à instrumentaliser l’intégrisme religieux pour justifier et renforcer leur pouvoir. La politique de L’Union Européenne n’est pas exempte de tout reproche. Ainsi, son refus d’intégrer la Turquie participe à l’instauration d’un climat de défiance et de peur réciproque. Michel Peraldi identifie une double stratégie européenne d’intégration au Nord et de fermeture au Sud où « l’Europe est en train de s’inventer des frontières culturelles, idéologiques et politiques ». Baghat Korany ajoute que pour construire un partenariat Euroméditérannéen solide, il serait nécessaire de questionner les stéréotypes et d’évaluer par exemple les atouts positifs des migrations. « Nous sommes face à un déséquilibre démographique. D’ici 20 ans, la population de l’Europe augmentera de 2% seulement, celle du Maghreb de 38%. Simultanément la population de l’Europe vieillira. L’Europe aura besoin d’une population jeune qui la renouvellera et lui apportera des ressources nouvelles ». La Méditerranée semble donc appelée à redevenir un acteur essentiel de la mondialisation. Synthèse réalisée par Fred Kahn. |
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