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les liens dans le texte renvoient à des extraits audio [real-audio] Le colonialisme est une ‘’doctrine qui vise à légitimer l’occupation d’un territoire ou d’un Etat, sa domination politique et son exploitation économique par un Etat étranger’’. Cette définition de dictionnaire est-elle suffisante pour expliquer le colonialisme tel que nous l’entendons, nous qui l’avons commis ou nous qui l’avons subi ?
Dans cette mesure, si l’Europe du XIXème siècle fournit un cadre général à l’émergence du colonialisme, n’est-ce pas plus précisément l’Europe de la révolution industrielle qui en constitue le berceau ? Pour Daniel Rivet, cela ne fait aucun doute. « Le fait colonial est intrinsèque à la révolution industrielle ». Ne serait-ce que parce qu’il s’inscrit dans la lignée de la colonisation du Maghreb et de l’Afrique sub-saharienne, elle-même «consubstantielle, dès le XVI et XVIIème siècle, de la première modernité économique». Le colonialisme, pourrait-on dire, c’est la colonisation menée à terme par la révolution industrielle. Négation de l’Autre Mais le colonialisme, ‘’stade suprême du mercantilisme’’, peut-il s’expliquer tout entier par cette approche strictement économique ? Faut-il évacuer derrière le fait commercial les composantes intellectuelle, morale, psychologique ? Non, répond Hassan Hanafi : le colonialisme, c’est aussi «une affirmation de soi qui passe par la négation de l’Autre». Réaction identique de Daniel Rivet : le colonialisme est «une expression de la pensée du XIXème siècle où se mêlent bourgeoisie conquérante et socialisme utopique». Et les intervenants d’évoquer républicains convaincus et autres intellectuels français qui n’hésitèrent pas à justifier le colonialisme, parfois en s’appuyant sur des théories racistes. Il serait bien entendu injuste –et spécieux- de ne pas rappeler l’existence de tous les autres, républicains ou non, qui furent de farouches anticolonialistes (ce qu’on a bien entendu pris soin de souligner). Quoi qu’il en soit, le paradoxe reste entier : dans certains esprits, le colonialisme a pu cohabiter avec les idéaux de la République. Et c’est moins en scrutant le passé qu’en regardant en lui-même que l’européen (ce grand ‘’ambivalent’’ que Thierry Fabre évoquait en introduisant le débat), pourra le résoudre. C’est aussi ce que suggèrent Mohamed Kenbib et Hassan Hanafi : «l’Europe a eu l’habitude de transformer l’autre en objet d’étude. Il faudrait que l’Europe, à son tour, soit transformée ou se transforme elle-même en objet d’étude». Il faudra mener ce travail avec soin afin qu’il ne s’abîme pas dans la rhétorique stérile de la dette coloniale, avec ses listings, ses énumérations, ses comptabilisations et autres alignements de données brutes qui finissent toujours par renvoyer l’Européen et l’Arabe l’un contre l’autre, plutôt que l’un avec l’autre. «Il faut fonctionner sur le mode de la responsabilité plutôt que sur celui de la culpabilité. Il faut régler notre rapport à ce passé sans l’occulter, ni l’exagérer», résumait Daniel Rivet. Avec l’espoir que, enfin, se mette en place une «mémoire équitable».
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