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Pour une entité algérienne autre les liens dans le texte renvoient à des extraits audio [real-audio] Qu’il s’agisse du pouvoir colonial français ou du pouvoir politique algérien, «l’existence de l’entité algérienne a, de tout temps, été imposée par les discours officiels». Pour Daho Djerbal, cette instrumentalisation a, peu à peu, favorisé l’identification de l’Etat algérien à l’Histoire issue de la colonisation. Et rendu d’autant plus complexe la définition d’une entité algérienne autre. ‘’L’épreuve de la colonisation et de la décolonisation’’, c’est cela.
Pour la surmonter, il faut, propose
Daho Djerbal, «remettre en cause le discours dominant».
On pourrait commencer par voir autrement la datation en s’efforçant,
avec Omar Carlier, «de
sortir un peu des dates politico-militaires» qui ont fini par
se confondre avec l’entité algérienne. «Il
faut insister sur ce qui est induit, dans les colonies, en terme de relation
à l’espace et au temps : il y a eu une socialisation
spatiale et temporelle spécifique. Il y a eu des transformations
en profondeur de la société. Il y a eu émergence
de la société civile. Il y a eu développement de
nouvelles pratiques culturelles», martèle le Maître
de conférence, comme pour encourager les chercheurs à s’engager
sur de nouvelles voies d’investigation. A changer d’angle.
A choisir un point de vue sociétal qui, sans pour autant exclure
la réalité et les faits de la colonisation, du colonialisme
et de la guerre, offrirait une autre grille de lecture de l’histoire
de l’Algérie. «Il manque quelque chose sur la société
coloniale», admet Sylvie Thenault qui reconnaît un déficit
de recherche dans les domaines économique et social : «Il
y a actuellement des pistes de réflexion, mais pas encore de véritables
travaux de recherche. C’est un défaut à corriger».
Une mission que la nouvelle génération aura, peut-être,
plus de facilité à accomplir, dans la mesure où l’histoire
personnelle des chercheurs ne se confond pas avec celle de la guerre d’Algérie.
«Que peut changer, dans l’approche de l’événement,
le fait de ne pas l’avoir vécu ?», interroge Sylvie
Thenault. «Cela offre plus d’objectivité»,
répond l’historienne. Ce changement d’angle préfigure un changement d’ordre méthodologique dans les travaux de recherche historique. «Les seuls documents écrits disponibles sont ceux des colonisateurs. Ils ne fournissent donc que des éléments conformes à leur analyse des faits et à leur point de vue», explique Sylvie Thenault. Il y a donc une vraie «nécessité de l’enquête orale». La parole, introduction à une entité algérienne autre que celle des datations ‘’politico-militaires’’… la parole, réponse à la «demande sociale d’Histoire» dont parlait Emmanuel Laurentin (animateur de la table ronde)… Cette parole, en tout cas, s’est imposée chez les chercheurs. «La tradition et l’enquête orale sont désormais intégrées dans la méthode de recherche et d’enquête», observe Omar Carlier…avec un enthousiasme mesuré : «L’articulation entre anthropologie et histoire est dangereuse, mais heuristique». Un risque qui peut être réduit si l’oralité fonctionne en synergie avec les méthodes habituelles de l’enquête historique (et non pas en remplacement de ces dernières). «Il faut pouvoir rappeler les faits», souligne Jean-Jacques Jordi. Et l’historien d’illustrer son propos : «On a trop souvent tendance à interroger la situation coloniale de 1830-1850 au travers de la guerre d’Algérie. C’est problématique, car cela radicalise les positions». Or, en se tournant vers les archives, «On découvre que 70% de la population ‘’française’’ d’Algérie est en fait non-française et vient d’Espagne, d’Italie, de Malte, d’Allemagne, d’Arménie, d’Angleterre et même, des Etats-Unis…». L’exemple résume particulièrement bien l’enjeu de la recherche contemporaine : faire en sorte que l’histoire de l’Algérie ne soit plus séquestrée par celle de la guerre.
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