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![]() Oublier un peu Bruxelles ‘’Après l’Empire’’, l’Europe est-elle capable de refonder ses rapports avec la rive sud ? La reconnaissance d’une histoire partagée et la volonté de l’assumer dans sa continuité (ainsi qu’on l’ont montré les précédentes tables rondes) laissent croire que cela est possible. Mais l’intention ne suffit pas. Il faut aussi des actes.
Si l’on désire construire l’avenir ensemble, estime Ahmed Youssef, il est en effet nécessaire de «développer ces souvenirs communs. Il faut sortir des discussions pour passer aux projets concrets». En d’autres termes, si on souhaite vraiment un avenir commun, il faut développer des relations économiques communes. Des relations économiques vraiment communes, pourrait-on préciser à la suite de Sophie Bessis. «L’Union Européenne est-elle capable de mettre en place des partenariats équitables en lieu et place des partenariats économiques existants ?», lance l’historienne avant de répondre elle-même : «A l’heure actuelle, il n’y a pas d’innovation dans la construction des partenariats». L’UE aurait-elle du mal à joindre le geste à la parole ? «Sur le plan économique», poursuit Sophie Bessis, «l’Union ne se départit pas d’une approche classique -d’ailleurs réaffirmée à Cancun- axée autour d’un front économique nordiste Europe/Etats-Unis». Et il faut ajouter à cela que, pour le moment, «l’Union Européenne privilégie ses relations avec les nouveaux entrants de l’Europe de l’Est et orientale plutôt qu’avec les pays méditerranéens». Affairée à sa propre construction, l’Union négligerait actuellement son ‘’avenir commun’’ avec le sud. Dans ce cas, si la minorité de pays concernés (notamment les anciennes puissances coloniales) souhaite malgré tout faire de la Méditerranée une communauté de projet, pourquoi ne pas «oublier un peu Bruxelles», «décentrer la coopération vers le sud» et y «intégrer un peu plus la société civile», ainsi que le propose Kalypso Nicolaïdis ? UE, effets bénéfiques On peut cependant croire que, à terme, la construction de l’Union bénéficiera aussi aux relations entre les deux rives. D’abord, parce que le modèle européen décrit par Dominique David est «le modèle d’une région qui prend des mesures pour s’auto-organiser dans la stabilité». Or cette stabilité va de pair, au moins pour l’Europe méditerranéenne, avec une harmonisation des relations avec le sud. Ensuite, parce que l’intégration de la Turquie, si elle se fait, «permettra à la figure de l’Islam en Europe de ne plus être seulement celle de l’immigration», comme le souligne Sophie Bessis. Enfin, parce que l’achèvement de l’Union permettra de contrebalancer l’influence américaine en Méditerranée… pour peu que les nouveaux entrants pro-américains ne s’alignent pas systématiquement sur la politique méditerranéenne de Washington. «Les Etats-Unis et leur politique internationale semble dominés par la pensée néo-conservatrice. Est-ce pour autant qu’on peut assimiler les Etats-Unis à un nouvel empire ?», questionne à ce sujet Thierry Fabre (animateur de cette dernière table ronde). «Oui, pour ce qui est de la Méditerranée», répond Sophie Bessis qui précise toutefois : «On ne peut pour autant dire qu’il y a continuité avec un empire colonial. Les fondements historiques sont complètements différents». Quoiqu’il en soit de ces fondements historiques, une chose est sûre : pour aboutir, la ‘’communauté de projet méditerranéenne’’ devra tenir compte d’une rive supplémentaire. Une rive nord-américaine.
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