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Sous le signe d’Averroès
Au commencement était le colonialisme...

Quelle image le colonialisme s’est-il donné de lui même ?
Une sélection de “documentaires coloniaux” projetée à Marseille le 5 novembre, montre comment le cinéma a célébré la “mission civilisatrice” de l’Occident.
Cette même séance permettra aussi de voir comment, à partir des années 50, des cinéastes engagés ont combattu cette image et signé les premiers films anti-colonialistes.

Rien de tel que de bons vieux films coloniaux pour alimenter le débat sur la colonisation et la décolonisation ! Dans le cadre d’Averroès, il a semblé plus intéressant de présenter des “documentaires” plutôt les grandes fictions restés célèbres comme La bandera, L’escadron blanc ou Pépé le Moko. Les documentaires prétendent en effet transcrire la réalité et n’ont pas, comme les fictions, l’excuse du romanesque. L’esprit colonial qui les sous-tend y apparaît d’autant mieux.
C’est grâce à la Cinémathèque de Marseille que l’on pourra voir un échantillonnage de films, réalisés entre 1936 et 1960 que commentera l’historien Jean-Jacques Jordi, directeur du Mémorial d’0utre-mer. Après cette première partie, d’une durée d’environ 40 minutes, commencera la projection de films anti-colonialistes qui ont, pour la plupart, été censurés à l’époque de leur réalisation. Parmi eux, Afrique 50 de René Vautier (cf ci contre) ainsi que Terre tunisienne, “reportage militant” de Vogel et Sarkis datant de 1951. Spoliation des terres, exploitation éhontée et conditions de vie désastreuses de la population indigène, exaltation des luttes sociales et anti-coloniales : Terre tunisienne et Afrique 50 sont les premiers films anti-coloniaux du cinéma français, des pamphlets qui n’ont rien perdu de leur virulence. La séance se terminera avec un court-métrage réalisé par Yann Le Masson en 1961, intitulé J’ai huit ans, montrant la guerre à travers des yeux d’enfants terrifiés. René Vautier et Yann Le Masson seront présents à cette soirée.

Mercredi 5 novembre, 19 h
Marseille
Cinéma Le Miroir
• Films documentaires coloniaux des années 1936-1960
• Films anti-coloniaux dont Afrique 50, Terre africaine et J’ai 8 ans
• Les invités : les réalisateurs
R. Vautier et Yann Le Masson,
l’historien Jean-Jacques Jordi
et Daniel Armogathe
[En collaboration avec
la Cinémathèque de Marseille et le librairie Regards]

Mercredi 5 novembre
Martigues
Librairie L'Alinéa, 18h
• L'invité :
Boualem Sansal pour son roman Dis-moi le paradis présenté par Pascal Jourdana.
Cinéma Le Renoir
• Le film :
Avoir 20 ans dans les Aurès en présence du réalisateur, René Vautier, réalisateur du film.

Mardi 4 novembre, 20 h 30
Digne
Centre culturel René Char
• Les films : Techniquement si simple & Un peuple en marche
• Les invités : René Vautier, réalisateur des deux films
Boualem Sansal, pour son roman Dis-moi le paradis [En collaboration avec Les Rencontres cinéma de Digne et la librairie La Ruelle]

Boualem Sansal
Boualem Sansal a publié son premier roman en 1999, à l’âge de cinquante ans, alors qu’il était haut fonctionnaire au ministère algérien de l’industrie. Le Serment des barbares, sorte de roman policier, sert de prétexte pour dénoncer avec virulence un régime corrompu depuis quarante ans. L’Enfant fou de l’arbre creux met en scène la dictature et son système répressif, en faisant alterner les monologues d’un Algérien et d’un Français qui se côtoient dans un bagne, sous le double poids de la répression étatique et de la violence islamiste, mais où l’espoir et la joie de vivre sont très présents
Son dernier roman, Dis-moi le paradis , paru en 2003, se situe au Bar des Amis, sur les hauteurs de Bab el-Oued, où l’on refait le monde, et l’Algérie en particulier. Chacun a son histoire, un avenir ou un passé à défendre ou à inventer. De ces tonitruants personnages émerge plus particulièrement Tarik qui raconte sa traversée de l’Algérie en compagnie de deux de ses cousines. Un inventaire de l’Algérie contemporaine, entre farce et cauchemar, où l’on retrouve la verve rabelaisienne de Sansal, tantôt cinglant, tantôt cocasse.

Dimanche 26 octobre, 14 h
Avignon
Cinéma Utopia
• Le film : Mon amie ma sœur (avant-première)
• Les invités : Mohamed Lebcir, réalisateur du film Salim Bachi, écrivain, auteur de La Kahéna,
[Gallimard, 2003]
Présenté par la librairie La Mémoire du Monde

Salim Bachi
Algérie : la guerre vue par la jeune génération

Après l’indépendance, romanciers et cinéastes Algériens ont célébré à l’envi le courage et l’esprit de résistance de leur peuple. Quarante ans plus tard, la colonisation et la guerre inspirent-elles encore la jeune génération ? Réponse de l’écrivain Salim Bachi et du réalisateur Mohamed Lebcir, le dimanche 26 à Avignon.

Dans un paysage audiovisuel dévasté, l’Année de l’Algérie a favorisé la mise en chantier d’un certain nombre de films, dont l’un d’entre eux, Mon amie ma sœur, encore inédit en France, sera présenté le 26 octobre à Avignon.
Il s’agit du premier long-métrage d’un jeune réalisateur, Mohamed Lebcir, qui – surprise ! - a choisi de revenir sur la guerre d’indépendance. Surprise car depuis les années 80, le cinéma algérien avait abandonné ce thème au profit des questions de société.
Le film de Lebcir illustre un nouvel état d’esprit, celui de la jeune génération qui éprouve la nécessité de “revisiter” la période de la colonisation et de la guerre pour en faire une lecture moins manichéenne qu’autrefois. Par ailleurs, en choisissant comme héroïne une jeune femme qui doit enlever son voile pour pouvoir passer plus discrètement les médicaments indispensables aux maquisards, le réalisateur établit une correspondance entre passé et présent qui résonne fortement aux oreilles algériennes.
Ce thème de l’entrecroisement du passé et du présent est également exprimé avec force par l’écrivain Salim Bachi. Né en 1971 à Annaba, où il a passé toute son enfance, Bachi a étudié au lycée français d’Alger, puis à l’Université avant de s’installer en France en 1997. Son premier roman, Le Chien d’Ulysse, fait circuler l’actualité déprimante de son pays parmi les ruelles et les caractères d’une cité imaginaire, où chaque Algérien d’aujourd’hui et d’hier se retrouve chez lui. On retrouve son écriture emportée et lyrique dans La Kahéna où il poursuit un portrait tourmenté de l’Algérie contemporaine. La Kahéna est une demeure énigmatique où se croisent depuis plus d’un demi-siècle plusieurs générations, et qui dévoile peu à peu l’histoire du pays, de sa colonisation à son indépendance,
jusqu’aux émeutes sanglantes d’octobre 1988.

Vautier, l'indomptable


René Vautier

A 21 ans, il réalise Afrique 50 le premier film anticolonialiste du cinéma français. Depuis, on le qualifie de cinéaste engagé. Et si l’auteur d’Avoir 20 ans dans les Aurès était tout simplement quelqu’un qui n’a jamais supporté l’injustice ? Rencontre avec un sacré bonhomme à Digne, Marseille et Martigues

Résistant FFI, décoré de la Croix de guerre à 16 ans, René Vautier se jure à la fin des combats qu’il ne prendra plus jamais les armes. Il tiendra parole. Il se battra beaucoup, toute sa vie, mais avec une caméra !
A peine sorti de l’IDHEC, en 1949, on lui commande un film éducatif sur l’Afrique. Le résultat sera l’extraordinaire Afrique 50, présenté à Marseille le 5 novembre, qui est premier film anticolonialiste français. Résultat : treize inculpations, un an de prison et, bien sur, les foudres de la censure. Mais il en faudrait plus pour le détourner du “ cinéma d’intervention sociale ” ! Il filme en Algérie dès 1954. Cohérent avec lui-même, il rejoint les maquis FLN comme cameraman. Refusant les luttes de pouvoir, il est de nouveau jeté en prison pour deux ans, côté algérien cette fois. N’empêche ! A l’indépendance, il crée le Centre AudioVisuel d’Alger, et réalise Un Peuple en marche avec les jeunes réalisateurs qu’il y forme.
Vautier présentera ce film collectif à Digne le 4 novembre, où la séance sera complétée par un de ses courts-métrages, Techniquement si simple, de 1971, essai préalable à Avoir 20 ans dans les Aurès.
C’est à Martigues, le lendemain, que le cinéaste présentera ce film célèbre et qui est tout sauf simpliste, contrairement à ce qu’on a longtemps rabâché. Bien sur, il n’évoque ni le sort des Pieds Noirs, ni les exactions du FLN ; mais le propos n’était pas de traiter tous les aspects de la guerre d’Algérie. Vautier a surtout voulu dénoncer (et avec quelle vigueur !) la corruption morale qu’engendre ce type de situation: même des pacifistes se transforment en tortionnaires sous l’effet conjugué de la peur, de la souffrance et de la logique de groupe ! En cela, Avoir 20 ans dans les Aurès a plus que valeur historique : il reste terriblement d’actualité.