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Le déracinement
Pieds Noirs, 40 ans après
En 1962, ils sont arrivés
avec leurs baluchons sur les quais de Marseille. On les appelait
“ les rapatriés ”. Tous étaient tristes.
Beaucoup avaient la haine. Aujourd’hui, quel regard portent-ils
sur les événements ? Eléments de réponse
le 30 octobre à Aubagne avec le film de Dominique Cabrera,
De l’autre coté de la mer et la venue de la
romancière Anne-Marie Langlois pour Se souvenir
de Sébaïn
Née à Relizane, la réalisatrice
Dominique Cabrera a fait partie de la cohorte des rapatriés
rentrés en France en 1962. Elle a baigné dans la nostalgie
de l’Algérie et il n’est guère étonnant
que son premier film de fiction, De l’autre côté
de la mer, l’ait ramenée à cette histoire
qu’elle lie au présent et dont elle refuse les schémas
simplificateurs. Le film se passe en 1994, quand Georges Montéro
(Claude Brasseur), pied-noir resté en Algérie après
l’indépendance, vient à Paris pour se faire
opérer de la cataracte. Là-bas, la guerre civile s’amplifie.
Ici, il retrouve sa sœur qui lui a toujours reproché
ses choix. Il se lie avec son ophtalmologiste, un jeune Beur du
nom de Tarek qui ne connaît rien de l’autre côté
de la mer…“ La chance paradoxale d’être
d’origine pied-noire, dit la réalisatrice, c’est
d’avoir fait l’expérience du racisme de deux
manières : avoir éprouvé de que c’est
que d’être rejeté parce qu’on est de l’autre
côté de la mer, mais aussi avoir fait partie, en Algérie
d’un groupe qui ne se mélangeait pas avec “ l’autre
”. Avoir perçu ce mécanisme de l’intérieur,
ça préserve de la bonne conscience ! ”
Pas de certitude et de bonne conscience non plus chez Anne–Marie
Langlois, née à Alger et vivant aujourd’hui
dans la Drôme. Se souvenir de Sebaïn, qu’elle vient
de publier chez Belfond, est un roman épistolaire dans lequel
affluent de nombreux éléments autobiographiques. A
travers les lettres croisées de Paul, Léa, Marie,
Mehdi, Mohammed et les autres, c’est toute l’époque
troublée de la guerre qui resurgit avec, pour les adultes,
d’impossibles choix à faire et, pour les enfants, le
traumatisme de la séparation. Un roman qui, comme le film
de Dominique Cabrera, parle de la perte des racines...
Jeudi 30 octobre, 20 h
30
Aubagne
Cinéma Le Pagnol
• Le film : De l’autre côté de la mer
(Dominique Cabrera)
• Invitée : Anne-Marie Langlois
pour son roman Se souvenir
de Sebaïn
[éd. Belfond, 2003]
Présenté par la librairie l’Etoile Bleue
Vendredi 31 octobre, 19
h 30
La Garde
Cinéma Le Rocher
• Le film : Sinasos
[Timon Koulmasis et Iro Siafliaki]
• L’invité : Petros Markaris, pour son roman
Une défense béton [éd. J-C. Lattès,
2001] Présenté par Pascal Jourdana
[En collaboration avec
la Librairie Gaïa]
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Sinasos : un
nettoyage
ethnique... au nom de la paix !
Dans l’implosion de l’empire ottoman, en 1923,
le Traité de Lausanne a imposé le déplacement
de trois millions de personnes. Grecs d’Asie Mineure, Turcs
de Grèce, tous ont du rentrer “chez eux”. Un
nettoyage ethnique fait au nom de la paix…ou du nationalisme
? Le film Sinasos et l’écrivain Petros Markaris
apporteront leur témoignage le 31 octobre à La Garde.
A son apogée l’empire ottoman a étendu sa domination
sur les Balkans, la Crimée, l’Arménie, l’ensemble
du Moyen-Orient et toute la rive sud de la Méditerranée
à l’exception du Maroc. Puis, jusqu’à
la proclamation de la république turque en 1922, il s’est
lentement effondré sur lui-même, miné par son
propre poids et par les mouvements nationalistes qui l’ont
agité de toutes parts.
Cette implosion a été terrible. On connaît le
génocide arménien. On ignore le plus souvent les déplacements
de population évoqués dans Sinasos, le documentaire
de Timon Koulmasis et Iro Siafliaki. Près de trois millions
de personnes ont été déplacées en 1923,
dans des conditions inhumaines, suite à l’accord international
de Lausanne qui stipulait que tous les Grecs de Turquie et tous
les Turcs de Grèce devaient respectivement retourner dans
leur patrie, dont la plupart étaient partis depuis plusieurs
générations. Pourquoi avoir imposé la fin d’une
cohabitation qui durait depuis des siècles ?
La paix était-elle à ce prix ? Le réalisateur
répond : “Le film reconstitue à travers
l’histoire du village de Sinasos, de ses habitants turcs d’aujourd’hui
et des témoignages des derniers survivants grecs de cette
tragédie, la mémoire de ce qu’était la
vie quotidienne de deux peuples en Asie Mineure qui, en dépit
de leurs différences, ont vécu ensemble pendant des
siècles…avant d’être précipités
dans la catastrophe par des politiques ultra nationalistes grecs
et turcs ”
Invité de cette soirée à La Garde, l’écrivain
Petros Markaris apportera un témoignage de première
main. Cet auteur de romans policiers (Une défense béton,
paru en 2001) se souvient qu’une partie de la famille de sa
mère a été obligée de quitter sa ville
natale et de recommencer sa vie en Grèce. “ Ils
ont vécu pour une période assez longue dans une pauvreté
profonde ” explique-t-il. “ Le reste de la
famille est parti de Turquie beaucoup plus tard, pendant les évènements
de Chypre. La famille a été coupée en deux
et je me souviens encore de ma mère, qui se déplaçait,
pendant ses visites fréquentes en Grèce, entre Athènes
et Salonique, afin de visiter toute la famille. On peut dire que
la solution du déplacement était la plus simple pour
les deux gouvernements. Mais c’était une solution barbare.
Peut-être a-t-elle permis un calme temporaire, jusqu’à
la deuxième guerre mondiale. Au cours des années 50,
le problème s’est à nouveau présenté,
avec la même férocité, à Chypre.”

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