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Sous le signe d’Averroès
Quelques
visages du néocolonialisme
Raja : les rapports nord /sud selon Doillon
Dans le Maroc de 2003, la caméra de
Jacques Doillon dissèque le comportement d’un dandy français
et de sa jeune domestique. Une relation amoureuse pervertie par l’argent
et les barrières de langue, de classe et de culture. Le visage
contemporain du néocolonialisme ?

Une photo d'Alain Fillit réalisée sur
le plateau de "Raja" |
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Mardi 28 octobre
à partir de
18 h 30 Fos-sur-Mer
Cinéma l’Odyssé
• 18 h 30 : vernissage
de l’expo-photo d’Alain Fillit • 20 h 30 projection
de Raja (Jacques Doillon, 2003) • Les invités :
Samia Charkioui, assistante de J. Doillon & Alain Fillit, photographe
de plateau.
[En collaboration avec
la librairie Alinea]
Débat animé par Jeanne Baumberger. |
Jaques Doillon songeait depuis longtemps à une adaptation du roman
La femme et le pantin. Mais dans Raja, “la morale de l’histoire”
telle que l’avait imaginée Pierre Louÿs a volé
en éclats. Parce que le réalisateur a laissé entrer
dans le film le Marrakech de 2003.
Le photographe Alain Fillit a suivi tout le tournage. Il en a tiré
une superbe exposition que l’on pourra voir à Fos. En attendant
le vernissage de cette expo et la projection du film, le 31 octobre, il
explique ici comment le réel a imposé sa marque.
“ A part Pascal Greggory, il n’y avait aucun comédien
de profession” explique-t-il. “Doillon voulait travailler
avec des gens jouant quasiment leur rôle. Il était conscient
des risques qui pouvaient résulter de ce choix.
C’est pourquoi il a cherché une personne susceptible d’assurer
le lien entre lui et l’équipe, pas simplement pour répercuter
en arabe les indications de jeu. Quelqu’un qui, d’un côté,
soit capable de “traduire” ses intentions et de l’autre
veille à ce que les sentiments, le comportement des personnages
restent inscrits dans leur culture et la reflètent. Faire jouer
des réactions, des émotions qui sont les nôtres à
des gens issus du petit peuple marrakchi n’aurait eu aucun sens,
et d’ailleurs n’aurait rien donné.” C’est
Samia Charkioui, également présente à Fos le 31 octobre,
qui a assuré ce rôle de “ passeur ” en raison
de sa connaissance parfaite des deux cultures. Peut-on dire pour autant
que Raja est un film sur les rapports nord/sud ? “C’est d’abord
un film personnel dans lequel Jacques revient sur ses obsessions : la
jalousie, l’aliénation et le déchirement amoureux.”répond
Alain Fillit. “Mais effectivement, on voit bien que l’argent
interfère sans cesse dans les rapports et les teinte de néocolonialisme,
à mes yeux du moins. Doillon traite la question à sa manière
; il ne l’élude pas”.
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En finir avec
le “ désir d’occident ”…
Aux fantasmes orientalistes
du colonisateur répond en miroir “le rêve d’occident”
du colonisé. Présenté à Manosque le
3 novembre, La ville - film de l’égyptien
Yousry Nasrallah - procède à une douloureuse démythification.
Si la colonisation en tant que telle est un phénomène
en voie de disparition, le néocolonialisme a encore de très
beaux jours devant lui. Et l’une de ses formes les plus patentes
est certainement la représentation fantasmatique que le (néo)colonisateur
et l‘(ex) colonisé se font l’un de l’autre.
Une des tables rondes des Rencontres d’Averroès sera
fort opportunément consacrée à ce thème,
que l’on retrouve en filigrane dans le film de l’égyptien
Youry Nasrallah.
La ville retrace la trajectoire d’Ali, modeste comptable
dans une boucherie gouvernementale du Caire, qui n’a qu’une
ambition : devenir comédien. Il décide de quitter
ce pays où toutes les portes lui semblent fermées
pour partir à Paris. La ville-lumière se révèlera
comme une dangereuse et prédatrice ville–mirage. Au
prix de mille douleurs, Ali accomplira cette démythication.
De retour en Egypte, il aura encore l’énergie de ne
pas renoncer à son désir d’être acteur.
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Sonallah Ibrahim à Manosque
Sonallah Ibrahim est né au Caire en 1938. Il a fait des
études de droit avant d’être arrêté
en 1959, comme des centaines d’autres militants communistes,
et passer cinq ans de sa vie en prison. C’est le sujet de
plusieurs de ses livres. Le premier d’entre eux, Cette
odeur-là (Actes Sud), paraît en 1966 en Egypte
et fut longtemps censuré. Citons également Etoile
d’août, Le Comité, Les années de Zeth,
et Charaf ou l’honneur (tous parus chez Actes Sud
ou Sindbad).
Son dernier roman, Warda (Actes Sud, 2002) se déroule en
Oman de nos jours. Entrecoupé par le journal intime d’une
jeune révolutionnaire engagée, au milieu des années
soixante, dans une guérilla contre le Sultan, c’est
le récit d’un rêve sacrifié. Description
d’une époque effervescente (le Che, Mai 68, la décolonisation),
il marque la volonté politique sans faille de Sonallah Ibrahim
qui reste un marxiste convaincu. Il y répète l’importance
toujours actuelle de la lutte des classes. Mais c’est avec
une héroïne plus “ positive ”, toute de
désirs et de luttes, qu’il atteint cette fois son lecteur…
Lundi 3 novembre, 20 h 30
Manosque
Cinéma Le Lido
• Le film : La Ville ( Y. Nasrallah)
• L’invité : Sonallah Ibrahim
pour son roman Warda
[En collaboration avec Les Rencontres cinéma de Manosque
et la librairie Le Poivre d’Ane] |
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