les liens dans
le texte renvoient à des extraits audio [real-audio]
Pour le croyant et les textes fondateurs Dieu est,
il ne naît pas. C’est donc ici de la naissance des monothéismes
eux-mêmes dont il est question, de la naissance de l’idée
de l’Un. Cette question conditionne la possibilité
d’un dialogue religieux autour de cette Méditerranée
où l’Autre est toujours si proche, pour « sortir
du face à face pour le côte à côte, ou
mieux, pour l’être ensemble » [Thierry Fabre].
Dans le judaïsme,
le monothéisme a été porté par les élites
dans l’exil et la culture de la simplicité de la vie
nomade dans le désert [Mireille Hadas Lebel].
Gilles Dorival, en rappelant les controverses portant sur la
Trinité, montre que le monothéisme chrétien
n’était pas une évidence et qu'il s’est
construit. Pour certains chercheurs ce
monothéisme est ainsi postérieur à l’ère
chrétienne. Il aurait été précédé
par une monolatrie, acceptation de l’existence d’un
dieu pour chaque peuple.
La Grèce,
identifiée comme berceau du seul polythéisme, a aussi
été le lieu d’émergence d’un monothéisme
philosophique représenté notamment par Plotin
[Gilles Dorival]. Un monothéisme radical dans son refus de
l’anthropomorphisme, mais foncièrement tolérant.
Quant à l’islam, il s’inscrit complètement
dans cette lignée, il est même « (…)
l’héritier
de toute [cette] tradition religieuse et philosophique »
[Abdelmajid Charfi]. Instaurant une rupture, le Coran affirme aussi
une continuité par l’unicité de Dieu, reconnaissant
l’identité de son dieu avec celui des autres monothéismes.
L’émergence d’un espace
critique en islam
Mais pourtant « dans le monde islamique on commence à
peine [la] mise en perspective de l’islam (…) »
[Abdelmajid Charfi], d’où l’importance de l’émergence
d’un espace critique pour qu’un regard historique et
scientifique puisse être porté sur les textes fondateurs.
Ce travail critique est lancé depuis longtemps dans les autres
monothéismes. Cette naissance, discrète, se fait hors
du regard d’un peuple qui bénéficie maintenant
d’un accès direct aux textes grâce aux progrès
de l’éducation.
L’islam est pourtant porteur de ce regard individuel et critique.
En affirmant par le
scellement de la prophétie que Mahomet était le
dernier des prophètes, il supprime tout médiateur
dans la relation de l’homme à la transcendance, ce
qui selon Abdelmajid Charfi initie une nouvelle ère de liberté.
Les conditions du dialogue
Le développement de ces bases critiques est crucial, car
il est la condition d’un véritable dialogue entre les
monothéismes, une des voies vers la résolution des
conflits. Plus que les différences entre les religions elles-mêmes,
ce sont bien des causes socio-politiques qui sont la source des
tensions, et « les controverses sur les textes sont des
armes pour le combat » [Thierry Fabre]. Pour lutter contre
l’instrumentalisation politique des textes, il est urgent
de mener ce travail d’interprétation et de lecture
contextualisée.
Dépasser les limites du dialogue religieux, qui se borne
trop souvent à des monologues parallèles, c’est
donc entreprendre un travail de recherche solidaire, une confrontation
donnant une place centrale aux sciences de l’homme et de la
société. Le rôle d’un enseignement « qui
a laissé la religion aux religieux purs et durs »
doit aussi être questionné [Mireille Hadas Lebel].
Selon Samir Khalil Samir le dialogue inter-religieux se limite trop
souvent à une gestion politique des crises voire à
des monologues trop parallèles pour vraiment se rencontrer.
Il définit alors les conditions de son apparition réelle.
Fervent pratiquant de ces rencontres, il sait que sur certaines
questions les positions restent inconciliables, mais que le dialogue
est toujours possible, car « si on [l’] aborde
avec un esprit qui n’est pas conflictuel, on peut avancer
». Ce qui renvoie aux propos de Louis Massignon, marquant
l’esprit de ces Rencontres d’Averroès :
« Pour comprendre l’autre il ne faut pas se l’annexer
mais s’en faire l’hôte ». D’où
l’importance de dépasser les questions proprement religieuses
pour en revenir à l’homme, à l’homme en
société, pour « construire ensemble une
cité humaine, où chacun apporte sa contribution »
[Samir Khalil Samir].
Sylvain Grisot
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autres extraits
audio
Introduction de Thierry Fabre extrait
La bible des septantes, Gilles Dorival extrait
Samir Khalil Samir, la Trinité vue par les chrétiens
arabes extrait
3 définitions par Mireille Hadas Lebel :
- monolatrie extrait
- aniconisme extrait
- hénothéisme extrait |
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