> Naissance de Dieu ?
Compte rendu :
par Sylvain Grisot

présentation de la table ronde
   
les liens dans le texte renvoient à des extraits audio [real-audio]

Pour le croyant et les textes fondateurs Dieu est, il ne naît pas. C’est donc ici de la naissance des monothéismes eux-mêmes dont il est question, de la naissance de l’idée de l’Un. Cette question conditionne la possibilité d’un dialogue religieux autour de cette Méditerranée où l’Autre est toujours si proche, pour « sortir du face à face pour le côte à côte, ou mieux, pour l’être ensemble » [Thierry Fabre].

Dans le judaïsme, le monothéisme a été porté par les élites dans l’exil et la culture de la simplicité de la vie nomade dans le désert [Mireille Hadas Lebel].
Gilles Dorival, en rappelant les controverses portant sur la Trinité, montre que le monothéisme chrétien n’était pas une évidence et qu'il s’est construit. Pour certains chercheurs ce monothéisme est ainsi postérieur à l’ère chrétienne. Il aurait été précédé par une monolatrie, acceptation de l’existence d’un dieu pour chaque peuple.
La Grèce, identifiée comme berceau du seul polythéisme, a aussi été le lieu d’émergence d’un monothéisme philosophique représenté notamment par Plotin [Gilles Dorival]. Un monothéisme radical dans son refus de l’anthropomorphisme, mais foncièrement tolérant.
Quant à l’islam, il s’inscrit complètement dans cette lignée, il est même « (…) l’héritier de toute [cette] tradition religieuse et philosophique » [Abdelmajid Charfi]. Instaurant une rupture, le Coran affirme aussi une continuité par l’unicité de Dieu, reconnaissant l’identité de son dieu avec celui des autres monothéismes.

L’émergence d’un espace critique en islam
Mais pourtant « dans le monde islamique on commence à peine [la] mise en perspective de l’islam (…) » [Abdelmajid Charfi], d’où l’importance de l’émergence d’un espace critique pour qu’un regard historique et scientifique puisse être porté sur les textes fondateurs. Ce travail critique est lancé depuis longtemps dans les autres monothéismes. Cette naissance, discrète, se fait hors du regard d’un peuple qui bénéficie maintenant d’un accès direct aux textes grâce aux progrès de l’éducation.
L’islam est pourtant porteur de ce regard individuel et critique. En affirmant par le scellement de la prophétie que Mahomet était le dernier des prophètes, il supprime tout médiateur dans la relation de l’homme à la transcendance, ce qui selon Abdelmajid Charfi initie une nouvelle ère de liberté.

Les conditions du dialogue

Le développement de ces bases critiques est crucial, car il est la condition d’un véritable dialogue entre les monothéismes, une des voies vers la résolution des conflits. Plus que les différences entre les religions elles-mêmes, ce sont bien des causes socio-politiques qui sont la source des tensions, et « les controverses sur les textes sont des armes pour le combat » [Thierry Fabre]. Pour lutter contre l’instrumentalisation politique des textes, il est urgent de mener ce travail d’interprétation et de lecture contextualisée.

Dépasser les limites du dialogue religieux, qui se borne trop souvent à des monologues parallèles, c’est donc entreprendre un travail de recherche solidaire, une confrontation donnant une place centrale aux sciences de l’homme et de la société. Le rôle d’un enseignement « qui a laissé la religion aux religieux purs et durs » doit aussi être questionné [Mireille Hadas Lebel].
Selon Samir Khalil Samir le dialogue inter-religieux se limite trop souvent à une gestion politique des crises voire à des monologues trop parallèles pour vraiment se rencontrer. Il définit alors les conditions de son apparition réelle. Fervent pratiquant de ces rencontres, il sait que sur certaines questions les positions restent inconciliables, mais que le dialogue est toujours possible, car « si on [l’] aborde avec un esprit qui n’est pas conflictuel, on peut avancer ». Ce qui renvoie aux propos de Louis Massignon, marquant l’esprit de ces Rencontres d’Averroès : « Pour comprendre l’autre il ne faut pas se l’annexer mais s’en faire l’hôte ». D’où l’importance de dépasser les questions proprement religieuses pour en revenir à l’homme, à l’homme en société, pour « construire ensemble une cité humaine, où chacun apporte sa contribution »  [Samir Khalil Samir].

Sylvain Grisot

 
autres extraits audio

Introduction de Thierry Fabre extrait

La bible des septantes, Gilles Dorival extrait

Samir Khalil Samir, la Trinité vue par les chrétiens arabes extrait

3 définitions par Mireille Hadas Lebel :
- monolatrie extrait
- aniconisme extrait
- hénothéisme extrait