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Naissance de Dieu ?
vendredi 22 octobre, 14 h 30 à
16 h 30
Présentation de la table ronde
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animée par Thierry Fabre
Abdelmajid
Charfi
Gilles Dorival
Mireille Hadas Lebel
Samir Khalil Samir
Les trois monothéismes, le judaïsme,
le christianisme et l’islam, sont nés en Méditerranée.
Comment ces monothéismes ont-ils pris forme à travers l’histoire
? La Bible, longtemps considérée comme « le plus ancien
livre connu », apparaît aujourd’hui aux yeux des historiens
comme un des récits fondateurs qui s’est volontiers nourri
de récits antérieurs et en particulier de textes mésopotamiens,
telle La Légende du Supersage
(1). Peut-on dans ces conditions, comme
le suggère Jean Bottéro, parler de naissance de Dieu ?
Ce qui vaut pour la Bible, dont la lecture est distincte dans le judaïsme
et le christianisme, vaut-il pour le Coran ? Peut-on retracer, et à
quelles conditions, les différentes généalogies des
monothéismes ? La Méditerranée n’est pas le
seul théâtre du monothéisme mais aussi celui du polythéisme,
à travers notamment l’héritage grec et romain. Comment
se sont opérées à travers l’histoire les conjonctions
entre ces héritages ? Peut-on parler d’une confrontation
entre Athènes et Rome face à Jérusalem et Cordoue
?
L’idée de l’Un, qui nous vient du monothéisme,
a-t-elle effacé la relation au Multiple ?
[thierry fabre]
(1).
A ce sujet, voir Jean Bottéro, Naissance
de Dieu [Folio,
1995, p. 27]
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Abraham, Moïse, Jésus,
Mahomet et les autres… par Murielle Fourlon
Poser la question de la naissance de
Dieu suppose de prendre du recul, de s’inscrire dans un temps long.
Pourquoi et comment l’idée de Dieu naît dans l’esprit
de l’homme ? Vouloir y donner des éléments de réponse
signifie que nous sommes dans la réflexion et que nous pouvons
nous mettre dans une situation favorable à la compréhension
d’un sujet si complexe et qui déchaîne autant de passion.
Comme le rappelait Thierry Fabre dans l’article de présentation
générale des Rencontres d’Averroès, cette question
ne se posait sans doute pas avec autant d’acuité, il y a
une vingtaine d’années. Aujourd’hui, la connaissance
des trois religions monothéistes qui ont pris naissance en Méditerranée
semble indispensable pour dénouer les passions.
Nous connaissons mieux l’histoire
de ces trois religions grâce au travail des historiens et des archéologues.
Il n’est évidemment pas question de remettre en cause la
foi, la croyance qui reste encore dans la sphère du privé,
mais plutôt de mettre en lumière des croisements et des héritages
communs.
Ainsi lorsque l’assyriologue anglais, Georges Smith, annonce devant
l’assemblée de la Society of Biblical Archeology, en 1872,
qu’il vient de découvrir sur une tablette de Ninive
un récit du Déluge qui
rappelle celui de la Bible. Celle-ci aurait donc reçu des influences
mythologiques païennes du Proche-Orient. On retrouve deux récits
babyloniens évoquant le déluge, le plus ancien dans le mythe
d’Atrahasîs, l’Epopée
de Gilgamesh [XVIIe siècle avant notre ère]. Jean
Bottéro souligne que cette découverte place la Bible dans
le courant de la littérature universelle et prenait place parmi
la chaîne sans fin des œuvres rédigées par les
hommes, avec cet enchevêtrement de création originale et
de dépendance à l’égard de sources préalables,
de faillibilité et de clairvoyance, qui marque tout l’avancement
de la pensée humaine. (1)
La Bible fait donc partie de notre héritage
culturel au même titre que L’Iliade
et l’Odyssée, ou les textes
des philosophes grecs.
Ce n’est pas un texte unique mais une compilation ou plutôt
une bibliothèque qui comprend plusieurs livres. La Bible a fait
l’objet de remaniements et de traductions suivant ainsi l’histoire
du peuple juif. Au 1er siècle de notre ère, les juifs sont
exilés en Egypte, la langue hébraïque devient peu à
peu une langue morte, pour des besoins de transmission des préceptes
de la religion, les textes sacrés seront traduits en grec. Cette
bible grecque ou Septante (2)
sera commentée par Philon d’Alexandrie, un intellectuel juif
hellénisé, qui, tout en restant attaché à
la religion des Pères, introduit les concepts philosophiques de
Platon, de Pythagore et des Stoïciens. C’est un des exemples
de synthèse de cultures qui place Dieu au centre de la réflexion
et donne la Loi comme règle de vie. C’est une rencontre entre
le judaïsme, l’hellénisme et la romanité. Or
paradoxalement la Bible grecque sera abandonnée par les juifs,
mais deviendra celle des chrétiens. Le christianisme naît
au sein du judaïsme, Jésus et ses disciples sont juifs et
ont pour référence les Ecritures
Saintes. Ceux que l’on désignera sous le nom de chrétiens
prennent leur distance avec la religion juive, tout en intégrant
toute une partie de la culture religieuse, ils relèguent la Bible
sous le nom d’Ancien Testament
pour en rédiger un Nouveau. Il
y a là encore une histoire de continuités et de ruptures.
Le Coran est le dernier livre des trois religions monothéistes,
il reprend tout l’héritage biblique. Il s’inscrit dans
l’histoire de ces deux religions, mais si Mahomet a reçu
la Révélation d’Allah, c’est parce que les deux
précédentes, au fur et à mesure, ont oublié
la vraie parole de Dieu.
La question du monothéisme est importante. C’est parmi des
peuples polythéistes que le judaïsme émerge. Il semblerait
qu’au tout début, le judaïsme est monolâtre, c’est-à-dire
que les juifs n’adorent qu’un seul dieu en admettant que les
autres puissent en adorer d’autres, ce serait à partir de
leur premier exil que le monothéisme, le Dieu universel et le seul
possible se soit imposé. Le monothéisme serait-il né
de la confrontation avec les autres ?
L’histoire de ces trois monothéismes est riche et complexe,
faite d’entrelacs et de rejets de l’Autre ou des autres, de
brassages, de carrefours parce qu’elle est avant tout l’histoire
des hommes.
Pour nous guider à travers ce
dédale de questionnements, quatre invités, historiens, sociologues,
spécialistes de l’histoire des religions, Abdelmajid
Charfi, professeur à l’université de Tunis, Samir
Khalil Samir, professeur libanais spécialiste des religions
au Proche-Orient, Mireille
Hadas Lebel, professeur à la Sorbonne et Gilles
Dorival, professeur à l’université de Provence.
(1).
Jean Bottéro, Naissance de Dieu, La Bible
et l’historien [Paris, Gallimard, 1986]
(2). La Septante,
première traduction de la Bible hébraïque faite en
grec. Elle doit son nom au nombre des traducteurs [72 ou 70 au total],
chacune des douze tribus d’Israël étant représentés
par six traducteurs, selon la légende elle aurait été
écrite en 70 jours et 70 nuits.
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