> Mort de Dieu ?
Compte rendu :
par Sylvain Grisot

présentation de la table ronde
   
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Quand Nietzsche annonce la mort de Dieu, il parle d’un crime, d’un « crime infini » rappelle Michel Guérin. Ce crime, commis par l’homme, est loin d’être un cri de joie, car il le plonge dans ce nihilisme où « personne [ne] vit de bon cœur » [Michel Guérin]. Une mort de Dieu provoquée par la rationalité, la modernité, mais aussi par la déconstruction d’une religion que l’homme s’est peu à peu appropriée.
Cette disparition peut-elle être définitive ? Le monde est-il devenu « indifférent à l’idée de valeur et à l’idée de divin » [Joseph Maïla] ? C’est loin d’être certain, tant il est difficile de « dire adieu à Dieu » [Michel Guérin], d’abandonner, d’accepter la fin de l’unité, de l’Un…
Mais peut-t-il y avoir une mort de Dieu dans des sociétés si imprégnées par cette idée ? Si pour Dominique Bourel « il n’y a pas de juifs athées », la société musulmane est aussi tellement baignée par la religion que « l’athéisme [y] est impossible » [Joseph Maïla], au même titre que dans la société chrétienne. Car les textes et les traditions sont aussi la mémoire des peuples, une source fondamentale des cultures.

Le retrait de Dieu
Evidemment point d’idée de mort de Dieu en islam [Youssef Seddik], mais il se retire en ne laissant à Mahomet que le discours, et à l’homme le soin d’interpréter ces métaphores, hors de toute rassurante certitude. Si cette interprétation est loin d’être acceptée par toutes les écoles [Joseph Maïla], elle offre une place au doute, ou mieux, elle place le doute au cœur de la foi.

Foi et croyance
Y a-t-il tellement d’écart entre ce nihilisme nietzschéen et les principes d’une foi fondée sur le doute ? Certainement moins qu’il n’y parait, et il n’y a en tout cas pas d’opposition. Michel Guérin va jusqu’à affirmer : « la foi et le doute radical, absolu, sont la même chose.» L’athéisme lui-même risque de se borner à une forme de croyance aveugle, or « rien de pire qu’un athéisme qui aboutirait à la sacralisation de l’humain » [Michel Guérin].
C’est donc la distinction entre la foi et la croyance qui est au cœur des débats. La foi s’éloigne des certitudes, elle est le doute nourri de l’expérience, alors que la croyance s’appuie sur le sacré et le dogme, et tient sur un socle de vérité inébranlable.
Le Coran fait déjà cette distinction entre foi et croyance [Youssef Seddik], alors pourquoi aujourd’hui un tel écart entre le texte et les pratiques ? A cause sans doute d’un usage du religieux par le politique : « ce qui est grave, c’est la mystique qui se dégrade en politique » [Joseph Maïla]. Les sociétés musulmanes n’ont pas encore vécu l’expérience de la sécularisation, qui implique ce travail de synthèse entre foi et savoir. Ce travail, engagé depuis plus longtemps par les autres monothéismes, doit favoriser l’« émergence d’un monde qui n’est pas la négation de Dieu, mais qui est le monde laissé par Dieu comme terre [pour] les hommes » [Joseph Maïla].

Sylvain Grisot

 

autres extraits audio

Michel Guérin, citant Nietzsche, « Dieu est mort, Dieu reste mort » extrait

Michel Guérin, « la question du nihilisme est une question ouverte » extrait

Michel Guérin, « au fond si vous voulez croire, il faut commencer par douter » extrait

Joseph Maïla, « on peut donner trois sens à la mort de Dieu » extrait

Joseph Maïla, « les monothéismes ne se ressemblent pas » extrait

Joseph Maïla, « le Dieu, ici que l'on cite, est un Dieu culturel » extrait

Youssef Seddik, « Dieu  existe avant l'islam » extrait

Youssef Seddik, « Est-ce-que  l'islam a apporté une nouvelle religion ? » extrait

Youssef Seddik, « en islam le sacré n'existe pas » extrait