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animée par Emmanuel Laurentin
(France Culture) Le processus de sécularisation
que l’Europe a connu depuis le Moyen Âge et l’émergence
de la modernité a pris la forme de ce que Max Weber a appelé
« le désenchantement du monde ». Nietzsche a quant
à lui parlé, à la fin du XIXème siècle,
de la mort de Dieu : « Où est passé Dieu ? lança-t-il,
je vais vous le dire ! Nous l’avons tué, vous et moi ! Nous
sommes tous ses assassins ! Mais comment avons-nous fait cela ? […]
Est-il encore un haut et un bas ? N’errons-nous pas comme à
travers un néant infini ? L’espace vide ne répand-il
pas son souffle sur nous ? Ne s’est-il pas mis à faire plus
froid ? La nuit ne tombe-t-elle pas continuellement, et toujours plus
de nuit ? » (1). (1). Friedrich Nietzsche, Le Gai savoir [GF Flammarion, 1997, p. 177] ------------------------------------------------------------------------ Dieu est-il mort ? par Murielle Fourlon Nietzsche fait annoncer la mort de Dieu
à l’insensé. Cette
nouvelle loin d’être vécue comme une libération
pour l’homme devenait une tragédie. L’homme privé
de Dieu se retrouvait face à lui-même. Pour le sociologue
Max Weber, l’avènement de la modernité ne se réduit
pas à un simple refus de la tradition, mais signifie l’entrée
dans une nouvelle ère de turbulences. C’est un monde
désenchanté, c’est-à-dire en
rupture avec la recherche de moyens magiques pour obtenir le salut.
La modernité entraînerait donc une crise grave de l’individualité.
Qu’advient-il de l’homme ? Cette question que s’est
posé l’Occident a-t-elle un sens vu de l’autre rive
de la Méditerranée ? La modernité entraîne-t-elle
la sortie de la religion ? Conduit-elle au nihilisme ? La modernité a engendré la sécularisation, rejetant ainsi en Europe, la religion dans la sphère du privé. Le cléricalisme catholique a résisté aux conquêtes de la modernité intellectuelle, scientifique et laïque puis il a perdu la bataille de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Cependant, aujourd’hui il semble s’être adapté au monde moderne. Les réformes protestantes et catholiques en luttant contre la superstition ont introduit la rationalité dans la transmission de la foi. Le judaïsme et le protestantisme ont joué un rôle majeur dans ce processus. Pour exemple, Moses Mendelssohn, « le véritable fondateur du judaïsme moderne » est, selon Dominique Bourel qui lui a consacré un livre (1), un homme qui est au confluent de deux questions : la construction d’un type de judaïsme en conjugaison avec le monde moderne. Ce «Socrate de Berlin», comme on le surnommait, vit dans le Berlin du XIXe siècle, dans cette période dite de l’Aufklarüng. Comme plus tard le préconisera Gershom Scholem [1897-1982], il n’est pas question de ne plus croire mais de croire différemment. Cet intellectuel juif a abandonné la foi orthodoxe avec ses rituels et ses interdits. La vague de la modernité
touche l’autre rive de la Méditerranée. Ainsi à
la fin du XIXe siècle, émerge le mouvement de la Nahda [Renaissance].
Des intellectuels, en particulier l’Egyptien, Rafi’al-Tahtâwi
prennent conscience du nécessaire renouveau
de l’Orient, à l’instar de ce qui s’est passé
en Europe. Joseph Maïla, dans un ouvrage co-écrit avec
Mohammed Arkoun (2), souligne que l’Occident
sans être donné comme un modèle parfait, apparaît
comme digne d’intérêt. Ces
penseurs reconnaissent donc la nécessité de s’attaquer
à une réforme de l’islam et admettent les retards
accumulés. Cependant, le colonialisme de l’Europe en Orient
et les pressions européennes sur l’Empire ottoman, l’«
homme malade de l’Europe », vont aboutir à l’échec
de cette pensée réformiste. La domination occidentale va
entraîner un repli vers des idées conservatrices, traditionalistes,
parce que dans cette confusion toutes les idées que véhicule
l’Europe sont assimilées au pouvoir de l’occupant. Il s’agit en fin de compte comme l’indique Joseph Maïla de : Plaider pour la redécouverte d’un socle culturel commun et d’une mémoire collective transreligieuse [qui] permet en effet de rétablir la continuité entre l’Europe et l’autre rive de la Méditerranée. Au-delà des oppositions figées dans lesquelles nous nous enfermons trop souvent […]. (1).
Dominique Bourel, Moses Mendelssohn
[Paris, Gallimard, 2004]
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