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« Dervis »
d’Alberto Rondalli, adapté
du roman de Mesa Selimovic Le Derviche
et la mort, avec Antonio Buil Puejo,
Cezmi Baskin [Italie / Turquie, 2003, V.O.S.T., 1 h 32, inédit
en région]

Vendredi 15 octobre, 20 h
Marseille
Cinéma Le Prado
• Le film : Dervis
[V.O.S.T.], 2003 inédit en région
• L’invité :
le réalisateur,
Alberto Rondalli
Débat animé par Christine
Fillette de l’association
Cinépage dans le cadre de Lire
en Fête
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« Dervis » - Photo DR |

Une petite ville de Cappadoce,
province de l’Empire ottoman, fin du XIXe siècle. Ahmed
Nurudin est un derviche de la confrérie des Mevlevi et vit
dans un état proche de la sainteté. Il est imprégné
de certitudes, apprises dans le Coran, et se tient loin du monde
et des hommes qu’il prétend pourtant guider.
Un jour son frère est arrêté, sans avoir commis
la moindre faute, par les hommes du cadi.
Le derviche, de par son statut, se croit lié aux puissants
pour protéger et assurer l’ordre et la loi et il intervient
auprès d’eux pour faire libérer l’innocent.
En vain. Celui–ci est condamné et exécuté.
Dès lors, les certitudes d’Ahmed Nurudin vacillent.
Dans une sorte de conversion à rebours, il devient obsédé
par la vengeance.
Le romancier Mesa Selimovic est mort en 1982 à
Belgrade, bien avant que n’implose son pays, la Yougoslavie.
Il avait situé un de ses romans les plus accomplis, Le
Derviche et la mort, dans cette Bosnie du XIXe siècle
qui était alors une des multiples provinces musulmanes de
l’empire ottoman.
Le personnage central du livre, Ahmed Nurudin, est un derviche qui
mène une vie proche de la sainteté jusqu’au
jour où son jeune frère est arbitrairement arrêté
par le cadi. Cette forfaiture conduit Ahmed Nurudin à s’impliquer
dans les affaires du monde. Et quand son frère est exécuté
sans jugement, il n’a plus qu’une idée en tête
: la vengeance.
Dans les années 70, Le Derviche
et la mort a été adapté avec succès
sur les scènes yougoslaves. On y voyait alors une métaphore
sur le pouvoir titiste. Mais ce sont les résonances métaphysiques
du roman qui ont séduit le réalisateur italien, Alberto
Rondalli. Celui-ci en a acheté les droits en 1993 et a ensuite
sévèrement bataillé pour faire exister ce qui
allait devenir, en 2002, son deuxième long-métrage.
Le protagoniste est un mystique, dit-il.
Et pour un mystique, chaque événement a une signification
métaphysique. Le derviche Ahmed Nurudin théorise toute
chose, mais il doit remettre en question ses plus intimes convictions
et se salir les mains. Il devient celui qui commet l’injustice.
C’est donc une histoire de perdition, une conversion à
l’envers, sans résurrection.
Rondalli, qui a transposé l’action de Bosnie en Cappadoce,
s’est longuement imprégné de culture soufi.
Il a pu bénéficier des conseils de la confrérie
mevlevi, à laquelle est censé appartenir son personnage
et qui, par ses références à la philosophie
néoplatonicienne et gnostique, est la plus œcuménique
de toutes. Le conflit entre la lumière et l’obscurité
étant au cœur de la symbolique soufi, le réalisateur
a énormément travaillé les éclairages.
Il accorde aussi une place essentielle à la musique, d’ailleurs
composée par deux derviches.
Sorti en novembre 2003, ce film profondément original est
resté jusqu’ici inédit dans la région.
Alberto Rondalli en personne viendra le présenter à
Marseille à l’occasion des Rencontres d’Averroès. |
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« Mon père est ingénieur »
de Robert Guédiguian, avec Ariane
Ascaride
& Jean-Pierre Darroussin [France, 2004, 1 h 48]

« Mon père est ingénieur
» - Photo DR |
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Dimanche
17 octobre, 17 h 30
La Garde
Cinéma Le Rocher
• Le film : Mon
père est ingénieur de Robert Guédiguian,
avec Ariane Ascaride & Jean-Pierre Darroussin, 2004
• L’invité :
Jean-Luc Pouthier, rédacteur
en chef du Monde de la Bible En collaboration avec la librairie
Gaïa [Toulon] |

Drôle de pastorale... Natacha
s'imagine en Vierge Marie portant Jésus dans son ventre,
sur les quais désaffectés de Marseille. Son Joseph,
c'est Jérémie, son amour de jeunesse et de toujours.
Jérémie, qu'elle n'a pas revu depuis des années
est devenu un haut responsable de l’action humanitaire internationale,
tandis que Natacha est restée médecin de quartier.
Aujourd’hui, Jérémie est revenu près
d'elle, mais elle n'en sait rien. Elle ne sait plus rien, Natacha.
Un jour, son père l'a trouvée inerte, muette, sans
réaction : « sidération psychique consécutive
à un choc », tel est le diagnostic.
Jérémie s'installe chez Natacha. Les souvenirs affluent
: ils avaient 14 ans et se sont aimés.
Aujourd'hui, Jérémie est de retour et ne sait pas
encore qu'il va rester. Son enquête pour découvrir
ce qui est arrivé à Natacha va lui faire rencontrer
les personnes qu'elle côtoyait, aimer les gens qu'elle aimait,
soigner les malades qu'elle soignait. Oui, drôle de Pastorale…
Venant d’un marxiste avoué, la chose
peut paraître surprenante, mais voilà plus de 20 ans
que Robert Guédiguian avait envie de travailler sur la Pastorale,
un spectacle qui le fascinait quand il était petit. Il a
finalement concrétisé l’idée dans son
dernier film, Mon père est ingénieur.
Cette fois, ses héros qui ont eu « la chance d’avoir
des parents communistes », s’appellent Natacha et Jérémie.
Natacha en référence à l’URSS, Jérémie
parce que c’est le saint qu’on fête le 1er mai.
Amoureux depuis l’enfance, ces deux–là ont longtemps
cru qu’on pouvait changer le monde.
Devenus l’un et l’autre médecins, ils ont pris
des options différentes : lui dans l’humanitaire international,
elle dans la médecine de quartier. Seulement, ils n’avaient
pas prévu « la fin des utopies » et éprouvent
durement le « désenchantement du monde ».
C’est Natacha qui est le plus marquée. Quand Jérémie
la retrouve, elle est en état de sidération psychologique.
A la suite de quel choc ? Personne ne le sait. Alors, inlassablement,
en dépit de cette catalepsie, sa mère lui lit l’histoire
de la Pastorale, celle qu’elle préférait quand
elle était enfant… Et Natacha devient Marie. Et Jérémie
devient Joseph, à quelques heures de la Noël, désespérément
en quête d’un refuge où pourra naître l’enfant.
Il fallait être sacrément culotté pour interroger
le monde d’aujourd’hui, et reposer la question de l’engagement,
à travers l’allégorie de Noël. Mais ça
marche ! Je ne suis pas en train de devenir
croyant expliquait encore le cinéaste. Mais,
avec sa référence à la « bonne nouvelle
», Noël est vraiment une belle idée. C’est
une nuit grosse d’espoir, où tous ceux qui viennent
voir le nouveau-né dans sa crèche croient que le monde
va devenir meilleur. On n’est pas si loin de l’attente
du Grand Soir chez les communistes. Seulement dans mon film, l’enfant
refuse de sortir ! Oui, ça coince salement, et chez
Guédiguian, c’est aux hommes, pas à Dieu, de
trouver une solution.
Cette séance spéciale de Mon
père est ingénieur sera suivie d’un débat
avec Jean-Luc Pouthier, qui fut longtemps responsable des pages
Rebonds au journal Libération et qui est aujourd’hui
le rédacteur en chef du Monde de la Bible.
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