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> Richesse et pauvreté,
quelles valeurs pour demain ?
Samedi 12 novembre de 14 h 30 à
16 h 30
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Compte rendu
Présentation de la table ronde :
animée
par Thierry Fabre
[concepteur des Rencontres], avec
Ali
Bensaâd
Géographe, maître de conférences à l’Université
de Provence. Enseignant- Chercheur à l’IREMAM, travaille
sur les mutations de l’espace saharien et sa place dans le
système relationnel international.
Jacques
Marseille
Historien économiste, professeur à l’Université
de Paris-I, directeur de l’Institut d’histoire économique
et sociale.
Majid
Rahnema
Diplomate et ancien ministre.
Patrick
Viveret
Philosophe de formation, conseiller référendaire à
la Cour des comptes et directeur du Centre International Pierre
Mendès France [CIPMF].

Troisième table
ronde :
Paradoxe de la mondialisation : le fossé
entre riche et pauvre n'a jamais été aussi important,
mais la contiguïté des situations jamais aussi étroite.
Avec la mondialisation, tous les pauvres
du monde voient comment vivent
les riches, rappelle l'historien Jacques
Marseille. Ils ont les mêmes
désirs, mais sont dans l'impossibilité de les assouvir.
Si Jacques
Marseille pense que, les sociétés occidentales
doivent reconsidérer leurs indicateurs de richesse et engager
des réformes structurelles importantes, notamment pour accompagner
les mutations technologiques, par contre, il ne considère
pas la culpabilisation comme une posture efficace pour résorber
les inégalités. Pourquoi
nos valeurs sont-elles désirables ? Pourquoi l'Islam qui
fut une terre d'éveil et de dynamisme est-elle aussi mal
en point ? L'histoire semble prouver que prospérité
et démocratie vont de pair. Et Jacques
Marseille de prôner une philosophie de la responsabilité
assumée.
Certes, le Sud aurait tout intérêt
à tendre vers plus de démocratie, mais dans le même
temps, le Nord ne doit-il pas devenir plus modeste et moins hégémonique,
reconsidérer ses certitudes et son modèle ? Tel est,
en tout cas, le point de vue du philosophe Patrick Viveret. Ce dernier
nous invite à repenser entièrement notre système
de valeur. Nous avons la preuve permanente
que notre
représentation actuelle de la richesse, et l'usage contreproductif
que nous faisons de la monnaie aggrave les problèmes auxquels
nos sociétés sont confrontées au lieu de nous
aider à les résoudre […] Des activités
nécessaires et même vitales ne sont pas considérées
comme productrices de richesse. A l'inverse, des activités
nuisibles et extrêmement coûteuses en terme environnemental,
éducatif et / ou de santé publique sont comptabilisées
positivement.
Patrick
Viveret démontre le caractère artificiel du principe
de rareté qui est pourtant l'un des fondements essentiels
de la doctrine capitaliste. Les chiffres
du Pnud [Programme des Nations Unies pour le développement]
sont éloquents : il faudrait environ 40 milliards de dollars
par an pour éradiquer la faim, permettre l'accès à
l'eau potable pour tous, loger décemment chacun et combattre
les grandes épidémies. Soit dix fois moins que pour
les dépenses mondiales de publicité !
Majid
Rahnema pense lui aussi que le fonctionnement économique
dominant est extrêmement pernicieux. Si
la réponse aux processus de précarisation de masse
était seulement dans une accélération de la
croissance économique, comment expliquer que près
d’un milliard de personnes souffrent encore de la sous-alimentation
et de la faim alors que la production actuelle des denrées
alimentaires est suffisante pour nourrir une fois et demie la population
totale de la planète ? En d’autres termes, cette
économie hyperpuissante dont on se sert pour condamner toutes
les formes traditionnelles de production, ne serait-elle pas elle-même
la cause principale d’une nouvelle forme de prolétarisation
à l’échelle mondiale ?
Les valeurs qui sous-tendent
le système économique dominant ne peuvent donc pas
prétendre à l'universalité. Il est impossible
de définir la richesse ou la pauvreté d'un point de
vue universel, rappelle Majid
Rahnema. La pauvreté comme
concept n’est qu’une construction sociale dont l’architecture
dépend d’un nombre considérable d’éléments
propres à chaque situation, à chaque culture et à
chaque espacetemps. La pauvreté comme mode de vie peut être
un choix entièrement volontaire, un mode d’être
et de vivre dicté par le bon sens et le besoin de vivre ensemble
dans des rapports de bon voisinage, dans le respect des autres et
du milieu environnant.
Une pauvreté à ne pas confondre avec la misère,
qui, elle, est subie et
advient au terme d'un processus de précarisation. La
misère signifie la dégradation, la corruption ou même
la destruction totale de la puissance d’agir [la potentia]
de l'individu, une condition d’impuissance plus ou moins totale
qui rappelle la situation d’un noyé ne pouvant plus
nager. Seules, des bouées de sauvetage peuvent alors l’«
aider » à survivre ! Le miséreux n’est
plus à même de vivre dans les réseaux de relation
ou les formes de production qui forgent la richesse particulière
de la « pauvreté conviviale ».
Un changement de comportement semble s'imposer.
Il passe par la mise en place d'autres critères d'appréciation
et par la valorisation d'autres modes d'échanges.
Le projet à construire s'ordonne
autour de la mise en place de nouveaux
paradigmes à promouvoir, affirme ainsi Patrick
Viveret. Et le philosophe d'insister sur
l'évaluation démocratique des activités humaines
dont la comptabilisation monétaire n'est qu'un sousensemble.
Et cette évaluation est, elle-même, ordonnée,
comme moyen, à une finalité qui est celle d'un développement
humain soutenable [ou durable].
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Compte rendu

réalisation : Laurence Fillon
[espaceculture] / visuel
original : Georges René / texte : Frédéric
Kahn
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