> Les tables rondes :
Liberté, libertés
Entre Europe et Méditerranée

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En partenariat avec la Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme, Aix-en-Provence.

 

La Liberté ne surgit pas hors du temps ou de l’espace. Elle s’inscrit dans une histoire, traverse de multiples généalogies et se déploie en libertés, plus ou moins concrètes et réelles. Pour certains il ne s’agissait que de libertés « formelles », alors que pour d’autres ces libertés ont été une référence centrale, à partir desquelles une véritable résistance a pu s’opérer, à travers notamment ce qui était appelé la 3ème corbeille des accords d’Helsinki.
Ce mouvement solidaire sur l’ensemble du continent européen, dans les années 1970-80, autour des libertés et des Droits de l’Homme, s’est achevé avec la chute du Mur de Berlin en 1989. Or ce qui s’est joué en Europe ne semble pas avoir eu de prolongement en Méditerranée, sur la base du 3ème volet des accords de Barcelone. Pourquoi une telle dissymétrie ? La liberté n’a-t-elle pas vocation à l’universel ? Les libertés sont-elles invariablement menacées par des régimes dictatoriaux et par des mouvements politico-religieux à caractère obscurantiste ?
La question de la liberté est aujourd’hui au cœur des relations entre Europe et Méditerranée, comme elle a pu l’être hier dans les relations entre les deux moitiés de l’Europe. Existe-t-il des obstacles, notamment théocratiques, qui paraîtraient insurmontables ? Quelles conclusions par exemple, tirer de la crise récente des caricatures ? Comment faire face à la nouvelle donne provoquée par les actions terroristes ?
Le débat sur la liberté et sur les libertés, entre Europe et Méditerranée, mérite d’être approfondi à l’occasion de cette nouvelle édition des Rencontres d’Averroès. Trois tables rondes pour organiser la controverse et dépasser les fausses évidences comme les lieux communs qui se propagent volontiers dans nos sociétés.
[Thierry Fabre]

1ère table-ronde : vendredi 10 novembre de 14h30 à 16h30
Les passeurs de liberté
2ème table-ronde :  samedi 11 novembre de 10 h à 12 h
La liberté ou la peur ?
3ème table-ronde : samedi 11 novembre de 14h30 à 16h30
Demain, la liberté ?

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La liberté, la peur et les enfants gâtés
Concepteur des Rencontres d’Averroès, Thierry Fabre a proposé comme thème de l’édition 2006
« Liberté, libertés entre Europe et Méditerranée ».
Il s’en explique ici :

Dans un très beau texte à paraître dans le prochain numéro de La pensée de midi, la romancière libanaise Najwa Barakat écrit : « Il y a les mots auxquels je ne fais plus confiance. Des mots-phares qui furent longtemps mon pain quotidien, ma boussole et ma substance, se vident de leur sens, mutent, se désagrègent. J’entends le mot « Liberté », et j’ai comme l’impression de percevoir un son creux. » Que pensez-vous de cette affirmation ?
- Que la sensibilité des écrivains et des artistes leur donne décidément une étonnante pertinence ! Najwa Barakat exprime magnifiquement ce qui m’a conduit à choisir ce thème pour les Rencontres d’Averroès 2006. On se rengorge si souvent avec la liberté, on utilise tellement ce terme à tort et à travers qu’il semble parfois vidé de sens. Pensez à Bush et à son opération « Liberté immuable » ! Et pourtant, le mot reste indispensable.

Mais n’avez-vous pas le sentiment qu’en Europe, il fait désormais essentiellement référence aux libertés individuelles ?
- Que signifie la liberté sans les libertés collectives ? Les Européens sont des enfants gâtés qui ne connaissent plus le prix de la liberté, ni ce que signifie d’avoir à se battre pour elle, parce qu’ils n’ont pas vécu la guerre et l’oppression depuis 50 ans.

L’autre rive de la Méditerranée n’est-elle pas dans la situation exactement inverse ?
- Oui, pendant que certains, en Europe ou en Amérique, dévoient le concept de liberté pour tenir un dangereux discours de croisade, de vrais démocrates le défendent pied à pied dans plusieurs pays de la Méditerranée. Or, nous laissons tomber ces acteurs réels de la liberté comme de vieilles chaussettes. La Ligue tunisienne des Droits de l’Homme, par exemple, est totalement étranglée sans que quiconque ne s’en émeuve en Europe.

D’où vient, selon vous, cette absence de solidarité ?
- Il y plusieurs raisons. Les résidus du colonialisme sont toujours là. Vous savez : « Les Arabes ne sont pas faits pour la démocratie », ou le discours contraire, dicté par la mauvaise conscience et tout aussi aberrant : « Il ne faut pas leur imposer nos valeurs ». Mais la raison essentielle est sans doute la peur. L’Europe ressent, vis-à-vis de l’islamisme, une peur de plus en plus forte qui lui fait oublier les grands principes, chez elle - il n’y a qu’à voir les dispositions anti-terroristes qu’a pris l’Angleterre, le pays de l’Habeas corpus ! - et encore plus à l’égard des nations qui risquent de « basculer ». Elle préfère soutenir les régimes autoritaires qui se présentent comme des remparts contre l’islamisme plutôt que les « passeurs de liberté » de ces pays.

Cette opposition est souvent très minoritaire. Pourquoi l’idéal démocratique ne « parle »-t-il pas davantage aux pays de la rive sud ?
- Le débat est piégé depuis le XVIIIe siècle. L’Europe a produit les Lumières et, presque simultanément, le système colonial. Pendant qu’elle luttait ardemment pour l’instauration des principes démocratiques chez elle, elle les déniait, parfois sauvagement, à l’extérieur. Ce double discours, qui continue, a eu, et a toujours, de terribles effets. Les nationalismes qui ont conduit aux indépendances ont forcément remis en cause ces valeurs, même si, dans le même temps, ils s’en sont partiellement inspirés. De part et d’autre, il y a donc des ambiguïtés à lever, des clarifications à opérer. Les débats de ces 13e Rencontres d’Averroès pourront, je l’espère, y contribuer. Pour ma part, je me refuse à imaginer que le futur de la Méditerranée se borne à des poussées islamistes et des régimes autoritaires d’un côté, et des régimes frileusement sécuritaires de l’autre.

Entretien Jeanne Baumberger

réalisation : Laurence Fillon [espaceculture] / visuel original : Georges René