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La liberté ou la peur ?
samedi 11 novembre de 10H à 12H

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Compte rendu :
par Frédéric Kahn

La liberté ou la peur ? Le conflit ou le reniement ? Ou une autre alternative permettant de dépasser l'opposition entre islam et démocratie ? Sous l'impulsion d'Emmanuel Laurentin, les intervenants entrent dans le vif du sujet. "Il faut éviter de juger le monde arabo-musulman de façon univoque, prévient d'emblée Hassan Abbas. Ces sociétés ne se définissent pas uniquement en fonction de l'opposition entre gouvernements et courants islamistes. Les régimes instrumentalisent doublement l'islamisme. Vis-à-vis de l'Occident, ils se présentent comme les gardiens de la liberté contre cette menace. Mais à l'intérieur de la société, les gouvernements jouent la carte du "droit musulman" contre les forces démocratiques.
"La société civile est porteuse d'autres formes d'oppositions, ajoute Sana Ben Achour. Les régimes autoritaires ne sont pas laïques. Ils se nourrissent des discours tenus par les détenteurs de l'autorité religieuse. Le débat sur la loi et donc sur la liberté est faussé. Le droit positif est toujours analysé à l'aune de la loi transcendantale. Nous devons mener un combat pour dépolitiser l'islam et désacraliser le politique".

Mais la séparation totale entre croyance et action politique est-elle possible ? Est-elle même indispensable à l'avènement de la démocratie ? Gema Martin-Munoz est pour le moins réservée : "En Occident, la religion joue un rôle politique indéniable. Le rapport à la foi avec des approches très conservatrices existe aussi chez nous". Gema Martin-Munoz estime que l'Europe est obnubilée par une vision essentialiste et culturaliste du monde arabo-musulman alors que l'enjeu devrait être principalement politique.
François Burgat rappelle alors que, depuis le XIXe siècle, le référent religieux a été un élément de mobilisation des sociétés arabo-musulmanes. "C'est une arme idéologique, un réservoir de sens qui permet d'échapper aux catégories imposées par la culture occidentale".
"Le référentiel islamique n'est pas univoque, renchérit Gema Martin-Munoz. Il s'organise à travers une grande diversité de formes. Or, les médias occidentaux mettent systématiquement en avant les mouvements les plus extrémistes. La réalité est multiple. Certains partis islamistes ont intégré les notions de liberté, de démocratie et de droit de l'homme. Il faut normaliser, banaliser ces acteurs pour apaiser la société. En tout cas, le poids des islamistes est trop important pour espérer réussir une transition démocratique sans eux".
Mais pour Hassan Abbas cette approche est trop conciliante avec les dogmes religieux. Elle ne permet pas de prendre en compte d'autres phénomènes d'acculturation. "L'islam ne doit pas être le référent incontournable pour penser la rive Sud de la Méditerranée. La domination du lexique islamiste dissimule le nombre important de minorités culturelles qui peuplent les sociétés arabes". Sana Ben Achour pense également qu'aborder la question de la liberté par le prisme religieux fausse et réduit fortement le débat. "Pourquoi face à des valeurs universelles, serions-nous contraints par cette spécificité musulmane ? Les démocrates revendiquent des droits pour l'ensemble des populations".
François Burgat insiste : l'opposition à l'islam ne repose que sur des références symboliques, historiques, mythiques et bien sûr religieuses différentes. Mais sur le fond, les valeurs sont communes. Une chose est sûre : cette région du monde aspire, comme nous, à plus de démocratie.

réalisation : Laurence Fillon [espaceculture] / visuel original : Georges René