> Les tables rondes
>> Présentation de la troisième table ronde

Demain, la liberté ?
samedi 11 novembre de 14H30 à 16H30

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En partenariat avec la Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme, Aix-en-Provence.

Compte rendu :
par Frédéric Kahn

Après avoir exploré les chemins du passé, posé les enjeux politico-religieux de la relation aux libertés, ce dernier débat, animé par Thierry Fabre, s'engage sur des voies plus prospectives. Pour ce faire, le changement de perspective est indispensable. Driss El Yazami : "La rive Sud de la Méditerranée est trop souvent appréhendée sous l'angle de la terreur et de la violence alors qu'elle est aussi habitée par une véritable galaxie démocratique". Et de prendre l'exemple du Maroc, traversé par "une volonté endogène d'impulser un processus démocratique". Driss El Yazami a participé à l'instance Equité et Réconciliation. "Cette commission, mise en place par le roi Mohamed VI, a pu travailler en toute indépendance sur les violations des droits de l'homme entre 1956 et 1999. Elle a organisé des auditions publiques des victimes et a élaboré des recommandations pour garantir la non répétition de ces violations". D'autres pays sont également traversés par des courants démocratiques. En Egypte, un club de 9000 juges s'oppose au gouvernement pour garantir l'indépendance de la justice. Sur le même principe, une association de magistrats est en train de voir le jour au Moyen-Orient.

Mais le contexte régional freine ces mouvements de réforme. Notamment le conflit israélo-palestinien. "Israël se présente comme la seule démocratie du Moyen-Orient, affirme Rony Brauman. Mais sur bien des points, notamment vis-à-vis des populations palestiniennes, cette posture relève du registre de la rhétorique instrumentale. Israël est, de façon indissociable, un mouvement de libération nationale et un mouvement colonial". Le rapport à la religion est aussi central. "C'est l'Etat du peuple juif, qu'en est-il alors de ceux qui ne sont pas juifs ?". Joseph Bahout rappelle que "l'effondrement du processus de paix entre Israël et la Palestine a été concomitant avec l'effondrement du processus de coopération euroméditerranéen initié à Barcelone en 1995. Il est illusoire d'espérer des réformes significatives dans le monde arabo-musulman tant que ce processus de paix n'aura pas été mis en œuvre".

Jean Baubérot est persuadé que d'une rive à l'autre de la Méditerranée les problématiques ne sont pas structurellement différentes. De part et d'autre, avec plus ou moins de violence, on assiste à l'exacerbation de réflexes identitaires, à l'éclatement des centralités étatiques et nationales. Devant la peur, on en appelle à l'ordre et à la sécurité qui s'exercent toujours au détriment des libertés. De fait, les mutations de la mondialisation déstabilisent l'ensemble de la planète. Sommes-nous entrés de plain-pied dans une ère post-nationale ? En tout cas, comme le fait remarquer Jean Baubérot, sur le continent européen aussi les Etats-nations sont en crise. Ces bouleversements génèrent de fortes crispations avec rupture dans la relation de confiance entre l'Etat et le citoyen. Elles provoquent également la radicalisation de la dialectique sécurité / liberté, largement au détriment de cette dernière. Le tout dans "des sociétés du tout médiatique, des sociétés de l'émotion et non plus de la raison".

Dans un tel contexte, les postures d'ingérence sont de moins en moins crédibles. Rony Brauman : "Le droit d'ingérence représente la possibilité de faire régner sa vision de l'ordre chez les plus faibles. Un droit à l'effraction selon le principe que le plus fort est aussi le plus vertueux. Rony Brauman attend au contraire de l'Europe une politique plus équilibrée : "plus cohérente, plus crédible et surtout plus juste".
L'universalisme impérieux doit donc céder sa place à la négociation politique. A l'intérieur d'un cadre le moins idéologique possible. Driss El Yazami propose de s'appuyer sur un socle démocratique commun : le respect des trois libertés fondamentales : d'opinion, d'expression et d'association ; la mise en place de politiques non discriminatoires ; la fin du recours à l'état d'urgence et d'exception ; l'indépendance de la justice.

réalisation : Laurence Fillon [espaceculture] / visuel original : Georges René