> Tout le programme des soirées « Sous le signe... » 

Elisabeth Leuvrey :
jusqu’au bout de la traversée

S’il y a un film qui devait, tôt ou tard, se retrouver « Sous le signe d’Averroès », c’est bien La Traversée. Sa réalisatrice, Elisabeth Leuvrey, est née en Algérie, descendante de cinq générations de Pieds Noirs. Elle y est retournée à plusieurs reprises au cours de ces dernières années pour mener un travail documentaire sur la question de la mémoire, de l’identité et de la transmission. Mais ce n’est qu’en 2003 qu’elle a fait, pour la première fois, le voyage en bateau. Tout de suite, les passagers qu’elle a rencontrés lui ont donné la certitude qu’il y a là matière à un film, un film dans lequel son histoire familiale et ses convictions l’engageaient de manière forte. « Avec tous, hommes et femmes se produisait une chose étrange que je ne parvenais pas encore à qualifier. Et ce sentiment s’est répété au retour » se souvient-elle. « Depuis, à chaque traversée, entre Marseille et Alger, entre Alger et Marseille, entre ici et là-bas, un petit miracle s’accomplit. »
Ce petit miracle, elle a su le filmer. Des docks aux salons, des cabines à la cafeteria. Il s’appelle l’entre-deux. L’entre-deux rives, l’entre-deux territoires, l’entre-deux pays, l’entre-deux patries. Car ce temps suspendu, cet espace flottant, permet d’exprimer une parole secrète, libre de la pression du pays d’accueil, ou de celle de sa propre communauté.
L’un avoue : « La Kabylie, je donnerais ma vie pour elle ! et ben, j’te dis j’y passe une semaine et je peux plus rester... Je peux plus rester. » L’autre dit : « Je me pose souvent la question : de quel côté des deux rives je veux être enterré ? » Ici se côtoient les immigrés qui retournent au bled pour les vacances, les « trabendistes » en quête de « bizness », les vieux « chibanis » qui reviennent en France pour toucher leur pension, les clandestins reconduits manu militari. Bribes de vies. Lambeaux d’histoires. Intimité des cabines. Immensité de la mer. Paroles poignantes. Rares sont les films qui disent aussi bien les mille et une questions, les mille et un déchirements de l’exil et de la diaspora.


PROJECTIONS « LA TRAVERSÉE »
Documentaire d’Elisabeth Leuvrey
[France, 2005, 55’]
• Mercredi 25 octobre, 18 h
Cinémathèque de Nice
Cette projection sera suivie à 19 h 30 - d'une rencontre avec Abdellah Taïa, pour L'Armée du salut [éditions du Seuil, mars 2006], suivie de la projection de « Loin » Film d'André Téchiné. Soirée présentée par Yannick Geffroy, directeur du Département Art, Communication, Langages de l'Université Nice-Sophia Antipolis et Thierry Fabre, concepteur des Rencontres d'Averroès.
• Jeudi 26 octobre, 17 h 30
BMVR L’Alcazar à Marseille
• Vendredi 17 novembre, 17 h 30
Collège de la Joliette Jean-Claude Izzo à Marseille
En partenariat avec le CIDF Phocéen

Digne
La Résistance corse
vue par Philippe Carrèse

Corse, 1943. L’île vit sous occupation italienne. Dans un petit village de Balagne, les Résistants préparent activement le débarquement allié. Mais ils ne sont pas tous du même bord. Le notable Paul-Antoine est gaulliste, Toussaint et son frère Ottone, communistes. Chez l’occupant aussi, les esprits sont divisés. Si l’officier est un fasciste fanatique, les simples soldats ne pensent plus qu’à rentrer chez eux.
Toussaint et Ottone vont se lier avec deux de ces troufions, d’abord pour leur soutirer des informations nécessaires à la réussite des parachutages, ensuite par véritable amitié. Et puis, mêlée à tout ça, il y a Liberata, la femme de Paul-Antoine, qui fut le premier amour de Toussaint…
D’origine italienne, mais avec de nombreuses accointances corses, Philippe Carrèse mène une double carrière d’écrivain et de cinéaste. Depuis Trois jours d’engatse en 1995, il a publié 13 romans [très] noirs qui ont fait de lui un des chefs de file du polar marseillais. En tant que réalisateur, il a surtout travaillé pour la télévision. Liberata est son premier longmétrage diffusé en salles.
Le scénario lui a été inspiré par le témoignage de proches. La mise en scène, elle, est typiquement « carrésienne », c’est-à-dire marquée par la double influence du néoréalisme et du western spaghetti. Autre singularité : le passage incessant du français au corse et à l’italien, à la fois comme « marquage » identitaire et comme ressort dramatique. Si on ajoute à cela des conditions de production très particulières, on peut affirmer sans crainte que Liberata est le film d’un franc-tireur.

Mardi 24 octobre, 21 h
Digne - Centre culturel René Char
• « Liberata » Film de Philippe Carrèse
[France, 2005, 1 h 36], projection en présence du réalisateur et du producteur Thierry Afflalou.


réalisation : Laurence Fillon [espaceculture] / visuel original : Georges René / textes : Jeanne Baumberger