La Fiancée syrienne :
quand Ubu s’invite à la noce
« Chaque cinéaste nourrit l’espoir que son film apportera un peu plus de tolérance. C’est dans cet espoir que j’ai réalisé La Fiancée syrienne, en m’inspirant de l’amour. L’amour de la liberté et de l’esprit de liberté. L’amour des femmes qui se battent pour préserver leur place dans le monde. L’amour des gens qui continuent de rêver et d’espérer » dit l’Israélien Eran Riklis.
Pour son scénario, il est parti d’une situation bien réelle, celle des territoires du Golan qui appartenaient jadis à la Syrie et qu’Israël occupe depuis 1967. Sur ce plateau prospère, les populations autochtones, Druzes pour la plupart, sont coupées de leur ancienne patrie par une ligne de démarcation étanche. Si quelques personnes sont autorisées à passer, c’est après un parcours administratif kafkaien, et sous escorte du Comité International de la Croix Rouge ! Et il leur est alors définitivement interdit de revenir. Le plus souvent, c’est pour des pèlerinages ou pour des mariages que la porte s’entrouvre... 3 ou 4 fois l’an !
C’est un tel mariage que raconte le film. Mona, une jeune Druze du Golan, va convoler avec un présentateur de la télévision syrienne, et malgré les divergences d’opinion et les exils divers, toute sa famille a tenu à se réunir pour ces insolites épousailles. Tous l’accompagnent jusqu’au no man’s land au bout duquel attend le marié. Mais, patatras ! En raison d’un « bug » administratif, Mona n’est pas autorisée à passer.
Ce film tout en nuances et formidablement interprété rejette toute allégeance envers un quelconque drapeau. Il a obtenu de nombreux prix, notamment aux Festivals de Montréal, Locarno et Bastia.

Dimanche 29 octobre, 18 h 30
La Garde - Cinéma le Rocher
• Rencontre avec l'écrivain kurde-allemand Sherko Fatah, pour En zone frontalière [Métailié, 2004] & Petit oncle [Métailié, 2006], animée par Pascal Jourdana.
En collaboration avec la librairie Gaïa [Toulon]
• « La Fiancée syrienne » Film d'Eran Riklis avec Hiam Abbas, Makram Khoury & Clara Khoury
[Israël, 2005, VOST, 1 h 36], projection suivie d'un débat avec Thierry Fabre et un membre du Comité International de la Croix Rouge [sous réserve].

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Sherko Fatah :
zones de frontières, peuples en souffrance

© Daniel Mordzinski
Sherko Fatah, né en 1964 à Berlin-Est, de père kurde et de mère allemande, n’a cessé de retourner en Irak pour comprendre et témoigner. Ses livres témoignent de son intérêt pour le nord de l’Irak, à la limite de la Turquie et de l’Iran. Le premier, En zone frontalière [Métailié, 2004], prend les apparences d’une fable intemporelle où passeurs et marchands réparent avec des moyens de fortune de menus objets, trafiquent tant qu’ils peuvent, risquent leur vie à franchir les lignes truffées de mines coupant en deux un territoire pourtant commun. L’histoire s’attache à un homme, mû à la fois par la peur et sa hardiesse, qui recherche son fils adolescent parti dans la clandestinité avec un groupe d’extrémistes islamistes. Ce voyage reconstruira sa propre vie...
Le second récit de Sherko Fatah, Petit Oncle [Métailié, 2006], est placé encore plus franchement sous le signe de la violence. Le narrateur, Michael, fait la connaissance d’un vieil homme absolument muet, Petit Oncle, originaire du nord de l’Irak.
Le roman décrit d’abord le monde impitoyable des clandestins qui vivent en perpétuelle insécurité en marge de Berlin, puis suit l’itinéraire de Michael en Irak. Remontant aux sources du silence de Petit Oncle, il ira jusqu’à s’enterrer dans le trou même où celui-ci s’était naguère réfugié pour échapper aux sbires de Saddam Hussein. Privations, peurs, humiliations, cruautés sont rendues par une écriture sèche et distanciée, fascinante par la disparition même de toute émotion.
Les livres de Sherko Fatah sont traduits par Olivier Mannoni.
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