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Avignon
Les emmurés de

Tazmamart

En ce 10 juillet 1971, Hassan II du Maroc donne une réception. Soudain des cadets amenés sur les lieux par la haute hiérarchie militaire reçoivent ordre de tirer sur l’assistance ! C’est le carnage. Le roi n’échappe à la mort qu’en se réfugiant pendant plusieurs heures dans les toilettes. Les putschistes vont être rapidement jugés et exécutés. Mais le tribunal reconnaît qu’un certain nombre de jeunes officiers se sont trouvé mêlés au complot de façon involontaire et ne les condamne qu’à des peines de prison relativement légères. Ivre de vengeance, le roi les fait alors enlever pour les mettre au secret dans un lieu dont il niera longtemps l’existence.
Cinquante-huit hommes se retrouvent ainsi, totalement isolés, dans des cellules de trois mètres sur deux, avec 17 petits trous d’aération pour unique source de lumière et un cloaque bouché en guise de toilettes. Cette réclusion inhumaine dure 18 ans, jusqu’à ce qu’en septembre 1991, sous la pression internationale, le roi accepte qu’on ouvre cet enfer. Seuls 28 détenus sont encore en vie. Les autres, frappés de démence ou de maladie, gisent enterrés dans la cour de Tazmamart.
Un des rescapés, Ahmed Marzouki, a publié son témoignage en 2001 sous le titre Tazmamar, cellule 10. On le retrouve, avec quatre de ses compagnons d’infortune, dans le documentaire de Davy Zylberfajn qu’Utopia projette à l’occasion des Rencontres. Le réalisateur a eu la bonne idée de filmer leur parole loin de Tazmamart, dans des espaces domestiques chaleureux ou, plus fréquemment encore, à l’air libre, dans des paysages ruisselants de lumière et de sérénité. Par contraste, leur réclusion passée n’en apparaît que plus terrible. Comment un être humain peut-il survivre dans pareil enfer ? Ces cinq-là, qui furent emmurés vivants, connaissent la réponse.

Fouad Laroui :
face au Maroc, un trublion érudit et implacable

Pour combattre les pesanteurs de la société marocaine tout comme les pires situations de cruauté ou de fanatisme, Fouad Laroui a choisi l’humour et la dérision plutôt que le discours politique. Né à Oujda en 1958, il a onze ans quand son père disparaît dans les geôles de Hassan II. « Je suis la dernière personne à l’avoir vu. C’était le 17 avril 1969. Il est sorti de la maison pour aller acheter le journal, et nous ne l’avons plus revu. » Passé par les grandes écoles françaises [Mines, Ponts et Chaussées], il devient ingénieur. En 1989, il quitte une carrière toute tracée et part pour l’Europe.
Fouad Laroui publie son premier roman Les Dents du topographe en 1996 [Julliard], la chronique d’un jeune marocain refusant l’ordre établi et n’éprouvant pour la « patrie » que détachement. Suivent plusieurs livres, dont Méfiez-vous des parachutistes [Julliard, 1999], description comique de la société marocaine par deux personnages cocasses, ou Tu n’as rien compris Hassan II [Julliard, 2004], un recueil de nouvelles qui résume à merveille son regard sur l’humanité. Son dernier ouvrage, De l’islamisme [Laffont, oct. 2006] révèle un essayiste brillant et combatif. Cette fois, la souplesse et l’invention de son style sont mises au service d’une réfutation du discours intégriste, pour montrer que Le Coran n’est pas l’ennemi de la pensée, ni de la joie, ni de la curiosité !
Universitaire brillant, Marocain d’origine, Français de coeur, Néerlandais de fait, Fouad Laroui met en avant dans tous ses livres ces trois valeurs que sont l’identité, la tolérance, le respect de l’individu, « parce qu’elles sont malmenées ou mal comprises dans nos pays du Maghreb et peut-être aussi ailleurs en Afrique et dans les pays arabes. »
Fouad Laroui avait été l’invité des 6èmes Rencontres d’Averroès en novembre 1999 « Questions d’identité[s] ».


© P. Provily / Opale

Dimanche 5 novembre, 14 h
Avignon - Cinéma Utopia
• Rencontre avec Fouad Laroui, pour De l’islamisme [Laffont, octobre 2006], animée par Nathalie Esperandieu. En collaboration avec la librairie La Mémoire du Monde.
« Vivre à Tazmamart »
Documentaire de Davy Zylberfajn [France, 2004, 72’], projection en présence du réalisateur.


réalisation : Laurence Fillon [espaceculture] / visuel original : Georges René / textes : Jeanne Baumberger et Pascal Jourdana