
Aix-en-Provence
Deux femmes
dans l’Algérie des années noires
L’escale aixoise « Sous le signe d’Averroès » sera cette année dédiée à l’Algérie, cette Algérie des années 90, ensanglantée par une guerre fratricide, d’une violence aveugle, muette et sans images. Il n’est donc pas étonnant que la réalisatrice Djamila Sahraoui, qui s’était jusqu’ici illustrée dans le documentaire, ait eu recours à la fiction pour évoquer cette période noire.
Barakat ! est un road movie qui réunit deux femmes : Amel, une jeune urgentiste dont le mari a été enlevé [Rachida Brakni], et Khadidja, une infirmière de son service, quinquagénaire gouailleuse qui a jadis participé à la guerre d’indépendance [Fettouma Bouamari]. Ensemble, elles vont se lancer dans une périlleuse recherche du disparu.
« Depuis l’enfance, j’ai une grande admiration pour les femmes comme Khadidja, les « héroïnes de la Libération », dit la réalisatrice. Mais il m’intéressait de montrer que, malgré la différence de génération, Amel et elle réagissent de la même manière dans l’adversité. Elles avancent. Sans s’apitoyer sur elles-mêmes ! ».
Leur odyssée à travers un pays au bord du chaos montre, au-delà du conflit lui-même, la dureté des rapports entre les hommes et les femmes. « Je suis convaincue que la violence des années 90 est en partie liée à la violence des rapports sociaux, en particulier celle que la société exerce sur les femmes. Il faudra qu’un jour, les hommes prennent conscience du tort qu’ils se font à eux-mêmes en se privant d’une moitié de la population », explique Djamila Sahraoui.
Barakat ! - qui signifie « ça suffit ! » - est une prise de position contre la violence, mais aussi contre l’amnésie. « Il y a un travail de justice et de mémoire à faire, insiste la réalisatrice. Ce n’est qu’après avoir raconté le passé, et jugé les coupables, qu’on pourra passer à autre chose. »

Lundi 6 novembre, 20 h 30
Aix-en-Provence - Cinéma Le Mazarin
• « Barakat ! »
Film de Djamila Sahraoui avec Rachida Brakni & Fettouma Bouamari [France, 2006, VOST, 1 h 34], projection en présence de la réalisatrice.

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Salon
Quand Chahine
célèbre Averroès
C’est la première fois que Salon se place « Sous le signe d’Averroès ». Une projection du Destin, fresque trépidante et colorée sur la vie du philosophe andalou, allait donc de soi ! Averroès, ou plutôt Ibn Rochd, est l’incarnation parfaite de l’Islam éclairé. Né à Cordoue en 1126, au moment où la civilisation araboandalouse atteint son plein éclat, il est médecin, juriste et surtout philosophe, conciliant la métaphysique d’Aristote avec le monothéisme et défendant la nécessaire interaction de la Raison et de la Révélation. Cette idée, d’une grande audace pour l’époque, exerce une influence majeure sur les pensées juive et chrétienne tout au long du Moyen Age. Est-il besoin de préciser que les obscurantistes de son temps s’acharnent contre lui ? Et qu’ils obtiennent du calife et son exil et la mise au bûcher de ses ouvrages ?
L’histoire, hélas, a de fréquents bégaiements. Aujourd’hui, les obscurantistes sont de retour et quand, en 1996, l’Egyptien Youssef Chahine annonce qu’il prépare un film sur Averroès, personne ne s’y trompe : les intégristes ont obtenu l’interdiction de son film précédent, L’Émigré, et le cinéaste entend bien leur river le bec avec ce Destin, qu’il conçoit comme un grand film populaire. Il donne à Cordoue des rutilances hollywoodiennes, il fait d’Averroès un sage érudit mais aussi un bon vivant. Il accorde à la danse, à la poésie et aux femmes une place capitale. Il lorgne du côté du western et de Dumas. Il fustige l’inextinguible soif de pouvoir qui se cache sous le rigorisme religieux et lance son message : « La pensée a des ailes. Et nul ne peut arrêter son envol.»


Mardi 7 novembre, 17 h 30
Salon - Auditorium de l’Atrium
• « Le Destin »
Film de Youssef Chahine [Egypte, 1997, 2 h 15]. Projection suivie d’un débat.

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