
Marseille
Le Liban
entre déchirements, espoirs et bombes
A la veille des tables rondes, les Rencontres ont voulu consacrer une grande soirée au Liban. Avec des films qui portent témoignage sur les évènements récents et disent, de l’intérieur, la violence du traumatisme. Et en présence de la romancière et poétesse Hyam Yared.
En raison de leur thématique 2006, centrée autour de la liberté, et leur détermination à penser, obstinément, la Méditerranée des deux rives, les Rencontres ont décidé de consacrer au Liban la dernière soirée « cinéma et littérature », celle qui, traditionnellement, précède l’ouverture des tables rondes.
Contrairement à l’habitude, on n’y présentera pas un long-métrage, mais plusieurs films courts, qui témoignent tous, avec des sensibilités différentes, de la nouvelle donne libanaise. Le plus long de ces films, un « 26 minutes » intitulé « Printemps de Beyrouth, mythe ou réalité ? », est signé par Robert Eid, un jeune réalisateur libanais, par ailleurs chercheur en sociologie de l’image.
Tourné, comme son titre l’indique, pendant le Printemps de Beyrouth, c’est-à-dire au moment où, en février 2005, dans un mouvement spontané, et par delà les barrières confessionnelles, des milliers de jeunes Libanais sont descendus dans la rue pour réclamer la vérité sur l’assassinat de Rafik Hariri.
Le film lit ces événements porteurs d’espoir à la lumière des questions cruciales qui hantent le Liban depuis 30 ans - fragmentation identitaire, coexistence islamo-chrétienne - et souligne que sans une douloureuse mais nécessaire remise à plat des années de guerre civile, le pays ne pourra véritablement se reconstruire. Les autres films du programme ont tous été réalisés « à chaud », pendant ou juste après les bombardements israéliens de l’été. Deux de ces courts-métrages, « Open your eyes » et « Chère N. », sont signés par deux jeunes plasticiennes libanaises, Samar Kekdy et Chantal Bartamian. Ils sont forts et émouvants. Très courts - entre une et trois minutes - les derniers films du programme sont le résultat de l’appel du collectif Cinéastes Solidaires lancé à Paris, le 22 juillet, lors de la dernière Biennale des Cinémas arabes. Il s’agissait alors d’aider, de soutenir et de diffuser, des films-témoignages réalisés sur ou pendant l’attaque israélienne. Cette initiative a donné naissance au portail « cinesoumoud.net » [soumoud voulant dire en arabe, tenir bon]. Quelques-uns de ces « cinesoumoud » ont été présentés au Sénat, puis au Festival de Lussas. On pourra les voir à Marseille pour la première fois.
En alternance avec toutes ces images d’actualité, la romancière et poétesse Hyam Yared évoquera son univers. Son premier roman « L’Armoire des ombres », qui vient de paraître chez Sabine Wespieser, s’inscrit dans la lignée des récits surréalistes. Elle y capte la cocasserie, l’étrangeté du quotidien tout en livrant une vision du monde subversive et violente qui dit toute sa révolte devant une société cadenassée par le poids des traditions, et où toute tentative d’émancipation se paie au prix fort.
Faite de tous ces éléments divers, mais complémentaires, cette soirée libanaise s’annonce comme un prélude essentiel aux débats d’Averroès 2006.

Jeudi 9 novembre, 20 h 30
Marseille - Cinéma Les Variétés
• Rencontre avec Hyam Yared pour L’Armoire des ombres [Sabine Wespieser, octobre 2006], animée par Thierry Fabre. En collaboration avec la librairie L’Histoire de l’oeil
• Projection de films courts dont
« Le Printemps de Beyrouth, mythe ou réalité ? » de Robert Eid [Liban, février 2005, 26’], « Open your eyes », « Chère N. » et les films du collectif Cinésoumoud.
Projection suivie d’un débat, en présence de Joseph Bahout, politologue et intervenant à la 3ème table ronde.

|
 |
Alloula
ou la science du verbe
On mesure mal en France le tragique symbole que fut l’assassinat d’Abdelkader Alloula par les islamistes en 1994. Auteur, acteur et metteur en scène de théâtre, l’homme possédait un truculent sens du verbe, une drôlerie dévastatrice, un art de l’émotion qui lui avaient valu une immense popularité.
De la culture populaire, il gardait la vivacité malicieuse, l’esprit frondeur, les codes de langages, l’éventail des gestes et des sonorités. Au théâtre contemporain, il empruntait la variété et la complexité des formes. Sans jamais cesser d’être à l’écoute de la société algérienne. En vertu de quoi, les obscurantistes ont jugé indispensable de le faire taire ! Il est heureux qu’en cet automne, parole lui soit doublement rendue.
Le premier spectacle, coproduit par El Gosto Théâtre d’Alger et Système Friche Théâtre de Marseille, a pour titre El Machina [Le Train]. Il est présenté, en français, à partir du 9 novembre au Théâtre de La Criée avant de faire six escales en PACA puis un retour à Marseille, programmé par le théâtre Massalia à la Friche, où il sera joué en arabe. Adaptée d’un extrait de la trilogie « Les Généreux », la pièce est mise en scène par Ziani Chérif Ayad, ancien directeur du Théâtre National d’Alger, qui, à travers ce projet « trans-rives », veut redonner son lustre à un théâtre algérien réduit à néant pendant les années noires. Cette période qui jeta tant de gens sur les routes est justement au coeur d’El Machina, le train qui emmène une fillette atteinte d’une maladie incurable en vacances chez son oncle, et dans lequel elle écoute les histoires des petites gens.
Les petites gens, on les retrouve aussi dans la lecture théâtralisée d’El Khobza [Le Pain] que donne Jean-Claude Nieto et ses comédiens à Vitrolles le 3 novembre. Cette fois, nous sommes dans les années 70 et Si Ali, mari d’Aïcha et écrivain public, a une révélation : il doit écrire un livre qui changera le monde !
Et c’est ainsi que le brave homme va devenir le porte-parole de personnages drôles et pathétiques qui peuplent sa ville natale. Avec Alloula, on est bien au coeur de la « méditerranéité » !

• « El Khobza »
Vendredi 3 novembre, 18 h 30 Vitrolles - Bibliothèque George Sand
lecture théâtralisée [en français & arabe], dans le cadre du projet « Théâtre des langues » mené par Jean-Claude Nieto.
• « El Machina »
9 au 16 novembre
au Théâtre National de Marseille - La Criée
[en français]
18 & 19 novembre
au Forum culturel Prévert de Carros
[en français & arabe]
22 au 25 novembre
au Sémaphore de Port-de-Bouc
[en français & arabe]
29 novembre au 1er décembre
au Théâtre de Grasse
[en français]
8 au 10 décembre
à la Friche La Belle de Mai, Marseille
[en arabe]
12 & 13 décembre
au Vélothéâtre d’Apt
[en français & arabe].

|